Par Frédéric Lejoint.
Stefan Braun prône une approche momentum sur l’indice S&P500, qui conserve un bon équilibre entre l’ensemble des secteurs représentés dans l’indice.
ODDO BHF Asset Management a récemment fait son entrée sur le marché des ETF actifs, en utilisant notamment une méthode de sélection des actions sur le marché américain développée depuis 25 ans par Stefan Braun (Co-responsable global des stratégies systématiques chez ODDO BHF Asset Management) et déjà utilisée dans un fonds géré activement (ODDO BHF Algo Trend US).
Stratégie identique
« Cette méthodologie quantitative a été testée dans un premier temps sur la zone euro pour certains de nos clients, puis a été étendue à l’ensemble de l’Europe et aux Etats-Unis à partir de 2005 ». Une stratégie quantitative implique de respecter des règles strictes pour sélectionner des titres, avec une intervention minimale d’un gestionnaire humain. Ce type de stratégie se prête donc bien à une déclinaison sous forme de fonds benchmarké.
La méthode de sélection utilisée pour le fonds ODDO BHF Algo Trend US est la même qui est utilisée pour l’ETF actif ODDO BHF US Equity Active UCITS ETF, soit une stratégie de suivi de tendance (momentum) relativement simple qui consiste à acheter des actions qui ont surperformé par le passé, éviter celles qui ont sous-performé, et vendre celles dont la performance commence à se dégrader après une période de surperformance.
Momentum
« Pour donner un exemple, si vous prenez l’indice S&P500, et que vous achetez chaque mois les 50 actions qui ont affiché les meilleures performances durant les 12 derniers mois, en rééquilibrant votre portefeuille régulièrement, vous devriez dégager une surperformance sur le long terme ». Stefan Braun souligne toutefois que le problème d’une telle sélection simpliste de titres est qu’elle fait face à des périodes de sous-performance sur le court terme, lorsque les marchés font face à de nombreux retournements de tendance.
« Par exemple, l’année 2009 est un exemple frappant du risque lié une sélection uniquement basée sur le momentum. Lorsque les marchés ont connu une hausse spectaculaire et rapide au sortir de la crise financière, une simple stratégie de suivi de tendance sur les 50 meilleures valeurs de l’indice S&P500 aurait sous-performé le marché de près de 40 % en un an ».
Sur trois ans
L’approche prônée par Stefan Braun vise un suivi de tendance sur l’indice S&P500, mais sur une période de trois ans plutôt qu’un an. « Des surperformances sur une longue durée s'expliquent par des raisons fondamentales, comme de meilleurs produits, une meilleure gestion, une stratégie d'entrée de gamme efficace, des barrières à l’entrée. Nous examinons ensuite si ces actions ont également surperformé au cours des neuf derniers mois, afin de déterminer si cette tendance se maintient ou si elle est en train de faiblir ».
Le portefeuille est presque toujours investi à 100 %, sans allocation sur les placements liquides ou les produits dérivés. « Pour éviter que le portefeuille ne devienne trop agressif lors des périodes haussières, ou trop défensif lors des périodes baissières, nous veillons à ce que le risque global soit similaire à celui de l'indice de référence ». Ceci permet au portefeuille d’être mieux positionné lors des périodes de retournement rapide du marché.
Limiter les tendances
« Les autres fonds momentum vont généralement avoir tendance à identifier des tendances fortes sur le marché comme l’intelligence artificielle, le vieillissement de la population ou le changement climatique. Ils vont ensuite s’exposer massivement sur ces tendances avec le risque de sous-performer fortement si ces tendances viennent à s’essouffler. Nous voulons faire l'inverse ».
Au lieu de miser sur la tendance du moment, comme Magnificent Seven ces dernières années, Stefan Braun a construit sa stratégie d’investissement pour conserver les meilleures actions d’un secteur, même s’il traverse une période de sous-performance depuis plusieurs années. « Notre portefeuille conserve une allocation sectorielle relativement similaire à l’indice S&P500, avec la possibilité toutefois de surpondérer ou sous-pondérer un secteur de 3% par rapport à son poids dans l’indice. Même si les banques, qui pèsent 10% dans l’indice S&P, commencent à dégager des performances très fortes pendant trois ans, nous ne pourrons pas faire grimper le poids de ce secteur à plus de 13% des encours ».
« Nous effectuons un rééquilibrage mensuel, avec une pondération des différentes lignes qui est déterminée par l'ampleur de la surperformance sur trois ans et neuf mois. Actuellement, nous sommes surpondérés dans le commerce de détail et dans le secteur technologique, mais uniquement en ce qui concerne le matériel. En revanche, nous sommes sous-pondérés dans le secteur des logiciels, et nos plus fortes sous-pondérations concernent l'agroalimentaire, la santé, l'énergie et les services publics ». Cette méthode de sélection a fait ses preuves depuis sa création.
Pas suivre le troupeau
De même, le portefeuille n’est jamais exposé à 100% sur la croissance ou sur la value. « Nous n'utilisons ni analyse macroéconomique, ni les estimations bénéficiaires des analystes boursiers, car les humains sont rarement rationnels et ils ont tendance à s'accrocher trop longtemps à leurs convictions. S'il y a un groupe de personnes qui se comporte comme un troupeau en matière d’investissements, ce sont bien les analystes qui ont tendance à faire bouger leurs avis et leurs recommandations en même temps, dès qu’un analyste reconnu modifie son avis sur un titre ».


