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Calendar13 Jan 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: DNCA Investments

Par Frédéric Lejoint



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Les matériaux stratégiques offrent des perspectives phénoménales pour les investisseurs, avec des déséquilibres importants entre offre et demande de métaux qui devraient soutenir les cours.


Le fonds DNCA Invest Strategic Resources a vu le jour au début 2024, et se propose d’investir sur les ressources naturelles stratégiques. La hausse de nombreux métaux en 2025 a propulsé cette thématique, avec un cours qui a progressé de 44% durant l’année écoulée et des actifs sous gestion qui dépassent désormais les 250 millions d’euros. Nous avons récemment eu l’occasion de rencontrer son gestionnaire, Alexandre Carrier.


Quel a été l’idée principale derrière la création de ce fond ?


Alexandre Carrier : « Nous sommes entrés depuis quelques années dans un nouvel environnement pour les relations géopolitiques, pour l’inflation et l’endettement, pour l’ordre monétaire, pour le leadership économique mondial, et bien entendu pour les problématiques de transition énergétique et digitales. Ces grandes tendances se sont mises en place plus ou moins en même temps, et nous voulions pouvoir proposer un produit qui allait répondre à ces divers bouleversements. Un fonds offrant une exposition simple aux matières premières nous semblait être la meilleure formule ».


Qu’est-ce que vous entendez par « exposition simple » ?


A.C. : « Nous investissons sur le cours des métaux au travers de contrats à terme, qui permettent d’avoir une exposition sur l’évolution les cours sur des marchés très liquides (à Londres pour les métaux industriels, à New York pour les métaux précieux) sans avoir les contraintes liées au stockage. Nous n’avons également pas voulu avoir une exposition au travers des compagnies minières, afin d’éviter les problèmes opérationnels spécifiques que ces entreprises peuvent avoir et pour ne pas subir la hausse inévitable des coûts de production. En outre, des fonds sur les mines, il y en a déjà beaucoup ; tandis qu’un fonds comme le nôtre, il y doit y en avoir trois ou quatre en Europe ».


Comment se réparti le portefeuille entre les différentes matières premières ?


A.C. : « Le fonds est investi sur quatre métaux précieux et six métaux industriels, pour une répartition qui tourne en principe autour de 40% en métaux précieux et 60% en métaux industriels. Dans la pratique, nous sommes aujourd’hui légèrement surpondérés sur les métaux précieux et maintenons nos convictions sur le cuivre, l’étain et l’aluminium au sein de la famille des métaux industriels.»


Quelle place cette stratégie peut-elle avoir dans un portefeuille ?


A.C. : « Ce fond peut représenter entre 5 et 10% d’un portefeuille diversifié, notamment parce que l’obligataire offre désormais une protection moins efficace face aux corrections boursières. Dans un environnement avec une inflation structurellement plus forte et des taux longs plus élevés, le besoin de se diversifier en dehors des actions et des obligations est plus fort qu’auparavant. Une stratégie comme DNCA Invest Strategic Resources a une corrélation modérée avec les classes d’actifs traditionnelles, car les moteurs de performance se situent davantage sur l’équilibre entre offre et demande de matières premières que sur les fondamentaux financiers d’une entreprise ou des politiques monétaires »


Quelles sont les principales différences entre métaux précieux et métaux industriels ?


A.C. : « Les métaux précieux (or, argent, platine, palladium) constituent plutôt un segment défensif et offrent une protection lors des périodes de crise et contre le risque de dépréciation monétaire (« monetary debasement »). C’est particulièrement vrai pour l’or, tandis que les autres métaux peuvent s’avérer plus volatils. Ils sont très peu présents dans la croute terrestre. Tout l’or du monde remplirait environ 3 à 4 piscines olympiques, tout le platine du monde une maison, et tout le palladium un grand salon. Il existe peu de projets pour ouvrir de nouvelles mines. De leur côté, les métaux industriels (plomb, étain, cuivre, aluminium) ne sont pas rares, et leur demande est nettement plus cyclique. Mais une partie de la demande devient de plus en plus structurelle, ces ressources étant utilisées dans des projets liés aux différentes transitions. Ils sont également utilisés dans tous les projets liés aux transitions électrique et digitale. Sans cuivre et sans aluminium, il n’y a pas d’éolienne ou de voiture électrique. Sans étain, il n’y a pas de soudure pour les microprocesseurs ».


Le fond a dégagé une performance très forte depuis son lancement…


A.C. : « Nous avons été bien aidés par Donald Trump, qui a remis l’approvisionnement de ces ressources au cœur du débat. Il y a eu un déficit clair d’investissements dans les projets miniers durant les dernières décennies. Dans les années 2000, on découvrait par exemple une dizaine de nouveaux gisements de cuivre par an. A l’heure actuelle, ce nombre est pratiquement réduit à zéro, alors qu’il faut en moyenne 17 ans entre la découverte d’un gisement et le début de la production en raison de toutes les contraintes règlementaires et environnementales. La hausse récente des cours devrait inciter à la découverte de nouveaux gisements, mais le déséquilibre entre offre et demande pour plusieurs de ces métaux n’aura pas de solution à court ou moyen terme ».


Quelles sont les perspectives pour l’or après l’année 2025 ?


A.C. : « L’or constitue une protection contre la hausse des dettes et des déficits au niveau mondial. Les banques centrales émergentes continuent également de faire des achats importants de métal jaune, et je ne vois pas ce qui pourrait ralentir ce mouvement car la proportion d’or dans le total de leurs réserves reste encore très faible. Alors que le métal jaune représente 75% des réserves aux Etats-Unis et 20% en moyenne dans les pays développés, cette proportion ne serait que de 7% en Chine, de 6% en Arabie Saoudite, et de 11% en Inde. Il est certain que ses pays vont continuer de réaliser ponctuellement des achats, et que le cours de l’once d’or peut au moins rester sur les niveaux actuels, voire continuer à monter régulièrement ».


Quel est le métal qui est le meilleur marché et dont l’importance va augmenter ?


A.C. : « Sur le long terme, le platine et le palladium restent intéressants en dépit de leur forte appréciation de ces derniers mois, car ils restent essentiels pour la production de pots catalytiques pour transformer les émissions de gaz nocifs en substances moins polluantes. Un métal qui me semble cependant un peu ignoré est l’étain, qui est utilisé pour les microsoudures dans la production de semi-conducteurs. Environ 50% de la production d’étain se dirige aujourd’hui directement vers le secteur technologique » .


Est-ce que l’univers du fonds pourrait s’élargir dans le futur ?


A.C. : « Nous avons appelé le fonds Ressources Stratégiques pour avoir la liberté d’intégrer d’autres matières premières dans le futur, comme le lithium ou l’uranium. Il n’existe toutefois pas encore de marché suffisamment liquide à l’heure actuelle pour pouvoir le faire, mais nous y réfléchissons pour le futur ».