Filipe Gropelli Carvalho, analyste Emerging Markets
Le 3 janvier, les États-Unis ont arrêté le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, pour les transférer à New York afin qu’ils y soient poursuivis pour narcoterrorisme. Cette opération, la plus offensive dans la région sous la présidence de Donald Trump, nourrit l’espoir d’un changement de régime au Venezuela, ainsi que ainsi que celui d'investissements plus importants de la part des compagnies pétrolières américaines dans le pays.
![]() Filipe Gropelli Carvalho |
Une évolution politique plus profonde reste loin d'être acquise. La Constitution vénézuélienne permet à Rodríguez de rester présidente par intérim tant que les tribunaux considèrent l’absence de Maduro comme temporaire. Si cette absence était jugée permanente, des élections devraient être organisée, un scénario pour lequel le régime actuel montre peu de volonté et qui poserait des problèmes de crédibilité et de logistique. En outre, les États-Unis semblent opposés à une prise de pouvoir par la cheffe de l’opposition María Corina Machado, étant donné que l'appareil militaire de renseignement, toujours bien implanté, reste lié au parti au pouvoir, le PSUV.
Tout effort visant à rétablir le secteur pétrolier grâce à la participation étrangère prendra également des années. Même en cas de soutien du gouvernement américain, la situation reste instable et incertaine et les investissements mettraient du temps à se concrétiser.
D'un point de vue plus général, cet épisode confirme notre analyse de longue date selon laquelle Donald Trump se montre plus assertif à l’égard de l’Amérique latine (voir « How Monroe’s legacy rules the markets in Latin America »). Longtemps reléguée au second plan de la politique étrangère américaine, la région occupe désormais une place plus importante, en raison de questions de politique intérieure tels que le trafic de drogue et les migrations, qui touchent de près la base électorale de Trump.
Cette démarche plus assertive pourrait avoir des répercussions tant sur le Mexique que sur la Colombie. Le Mexique est probablement moins exposé, la présidente Claudia Sheinbaum privilégiant une approche coopérative avec les États-Unis, vue les liens économiques étroits et les négociations en cours autour de l’USMCA. De son côté, le président colombien Gustavo Petro continue de défier Trump, augmentant ainsi les risques de mesures américaines plus agressives. Les prochaines élections présidentielles colombiennes, prévues en mai 2026, constitueront un événement à surveiller, car elles pourraient amplifier l'incertitude politique, la polarisation et les tensions externes à un moment où l'influence des États-Unis sur la région ne cesse de croître.
Implications pour les investisseurs
En fin de compte, pour le Venezuela, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir parler d’un véritable scénario de reprise. Les perspectives restent incertaines tant que la dynamique du pouvoir national n'est pas claire : Rodríguez restera-t-elle au pouvoir ? Des élections libres et équitables sont-elles envisageables ? Que deviendra l’appareil sécuritaire loyaliste qui soutient le régime depuis un quart de siècle ? Les investisseurs devraient en revanche suivre de près l’évolution des relations bilatérales entre les États-Unis et la Colombie à l’approche des élections présidentielles.



