Par Frédéric Lejoint.
L’environnement devrait rester favorable aux classes d’actifs risqués, notamment la dette d’entreprise et les actions.
Après une année 2025 incertaine et, au final, positive pour les investisseurs, le début de 2026 continue d’apporter une bonne dose d’incertitude, que ce soit en matière géopolitique ou économique. Lors de leurs récentes prévisions économiques et financières, les spécialistes d’ Allianz Global Investors sont revenus sur les principales incertitudes pour l’exercice qui vient de commencer.
Croissance soutenue
Au niveau économique, l’économie mondiale fait face à des défis, mais ne devrait pas atteindre un point de rupture. « La croissance devrait rester proche de sa tendance de long terme, supporté par des politiques monétaires et fiscales accommodantes, avec une inflation qui continue de ralentir partout, à l’exception des Etats-Unis ». Matthieu de Clermont (Directeur des Investissements Assurance & Stratégies Réglementaires) souligne que le maintien de l’inflation sur un niveau élevé au niveau américain devrait limiter la perspectives d’une détente trop rapide au niveau du taux directeur de la Réserve Fédérale.
« Contrairement aux attentes, l’économie américaine s’est montrée résiliente en 2025, mais la croissance sous-jacente reste fragile. Une des incertitudes que nous pouvons avoir est la capacité du gouvernement américain de soutenir la consommation des ménages, qui va rester le point faible pour l’économie américaine en 2026. Nous tablons sur une progression de l’activité économique sous son potentiel de long terme, soit entre 1,4 et 1,9% en 2026 ».
En Europe, l’inflation devrait rester sous contrôle et permettre une dernière baisse du taux directeur de la BCE durant le premier semestre. En outre, le support des politiques fiscales devrait permettre de voir la croissance dans la zone euro se stabiliser entre 1 et 1,5% durant l’année 2026. Enfin, la croissance chinoise devrait temporairement rebondir au premier semestre en raison du soutien budgétaire des autorités, avant toutefois de retomber entre 4,2 et 4,7% pour l’ensemble de l’année en raison d’une consommation privée qui va rester sous pression.
Rendement attrayant
Sur le marché des dettes souveraines, Matthieu de Clermont souligne que les performances resteront soutenues par le contexte d’inflation sous contrôle accompagné d’une poursuite de la baisse des taux durant une bonne partie de 2026, avec une préférence pour les dettes périphériques européennes sur des échéances courtes, et notamment l’Italie (réduction du déficit) et l’Espagne (croissance plus forte). « La dette souveraine émergente reste également une de nos fortes convictions pour les échéances plus longues, au vu de leur rendement élevé et de l’amélioration de leurs fondamentaux budgétaires ».
Au niveau du crédit, Vincent Marioni (Global CIO Credit) estime que l’environnement est devenu plus délicat suite à la belle performance de ces trois dernières années. « Nous arrivons aujourd’hui à la fin d’un cycle de contraction des rendements, avec des investisseurs qui vont désormais davantage s’intéresser à la santé financière des émetteurs plutôt qu’au niveau du rendement offert ». A ce niveau-là, il constate que la discipline financière des entreprises européennes reste bonne, avec des besoins immédiats en refinancement qui sont largement gérables, avec des taux de défauts qui devraient rester sous leur moyenne de long terme. Même s’il faudra éviter les émetteurs risqués pour dégager une bonne performance au début de l’année 2026, il constate toutefois qu’il y a actuellement un manque d’alternatives pour les investisseurs à la recherche de rendement.
« Après une année 2025 record en termes d’émissions, nous pensons que les investisseurs vont continuer à affluer sur cette classe d’actifs, tant que sur la dette de bonne qualité (Investment Grade) que sur la dette à haut rendement. L'argument numéro un pour notre classe d'actifs, c'est l'absence d'alternatives en termes de rendement avec un risque plutôt modéré ». Au niveau sectoriel, la dette financière reste préférée par rapport aux secteurs plus cycliques (chimie, automobile, construction) ont les fondamentaux restent sous pression.
Diversification
« Au niveau boursier, l’année 2025 a été marquée par une forte opposition entre des secteurs liés à la consommation qui ont été sous pression, avec des marchés qui ont continué de se concentrer sur des niveaux historiquement élevés autour de l’intelligence artificielle et de la technologie américaine », rappelle de son côté, Isabelle de Gavoty (Directrice Actions Conviction/ISR Europe). « La question est désormais de savoir jusqu’à quel point cette concentration peut se maintenir sur un niveau aussi élevé ».
Pour l’année qui vient de commencer, elle souligne que l’environnement économique (croissance économique positive et soutien des banques centrales) va rester fondamentalement favorable à la détention d’actifs risqués, avec toutefois un équilibre entre potentiel haussier et risque qui est moins favorable que durant les trimestres qui ont précédé, et avec donc un risque de correction qui est également plus élevé. « La performance boursière sera moins concentrée sur les Etats-Unis ».
Accent européen
« Sans être trop optimistes, nous sommes néanmoins constructifs sur les perspectives des actions européennes », indique encore Isabelle de Gavoty, « mais il faudra rester attentif à leur capacité à maintenir leurs marges dans un environnement d’euro fort durant les premiers mois de 2026 ». La valorisation reste un argument de poids en faveur des actions européennes par rapport à un marché américain qui reste sur des niveaux proches de ses sommets historiques.
Dans un contexte d’une souveraineté croissance pour l’Europe et du financement des transitions énergétiques et digitales, elle apprécie notamment le secteur bancaire, et pense que les valeurs de la défense vont rester en première loge des programmes d’investissement. Elle apprécie également les perspectives de redressement pour les petites et moyennes capitalisations. « C’est un segment qui se traitait historiquement avec une prime par rapport aux grandes capitalisations en raison d’une croissance plus rapide de leurs résultats. Depuis quelques années, elle a fortement sous-performé le reste du marché avec une décollecte qui a été massive ».


