Si l’année 2025 nous a appris une chose, c’est l’importance de distinguer les fondamentaux du marché du bruit géopolitique. Nous vous présentons les 10 événements les plus déterminants pour les investisseurs afin d’identifier les opportunités et les principaux risques. Une diversification robuste reste la stratégie la plus efficace pour protéger les portefeuilles et saisir les opportunités inattendues en 2026.
1. L’energie au coeur des enjeux mondiaux ?
Oui et non. Les points chauds géopolitiques – comme le Venezuela et le Groenland – façonnent le paysage énergétique mondial, mais les marchés financiers font preuve de résilience. Les investisseurs continuent de se concentrer principalement sur les prix du pétrole, qui devraient rester inférieurs à leur moyenne de long terme (70–75 dollars le baril), l’offre continuant de dépasser la demande, notamment avec la transition vers l’électrification.
À retenir : 1) Les marchés intègrent largement les risques géopolitiques, privilégiant les fondamentaux ; 2) L’effet désinflationniste d’un pétrole moins cher est salué, offrant à la Fed une plus grande flexibilité pour baisser ses taux – un point clairement positif pour les marchés financiers ; 3) la course mondiale aux ressources naturelles critiques devrait soutenir la hausse des prix des matières premières (hors pétrole), offrant des opportunités aux investisseurs.
2. … ou tout simplement les élections de mi-mandat aux États-Unis ?
Réponse plus affirmative. Le 3 novembre 2026, les élections de mi-mandat américaines détermineront les rapports de force du Congrès américain. Les Républicains détiennent actuellement les deux chambres avec des majorités très étroites, ce qui rend leur maintien difficile. Le scénario le plus probable est un gouvernement divisé, avec la Chambre passant sous contrôle démocrate. Ce résultat limiterait la capacité du président Trump à faire avancer son agenda législatif, le cantonnant principalement aux politiques tarifaires et migratoires. D’ici les élections, l’administration devrait mettre l’accent sur des mesures pro-croissance pour répondre aux préoccupations sur le pouvoir d’achat. Ces mesures pourraient représenter un risque haussier pour la croissance américaine en 2026, bien qu’il faille rester vigilant pour l’inflation.
3. La Fed au centre des turbulences
L’indépendance de la Réserve fédérale (Fed) face aux pressions politiques exercées par Donald Trump devrait rester un thème majeur sur les marchés cette année. Les marchés suivent de près la prochaine nomination du successeur de Jerome Powell, son mandat prenant fin en mai 2026. Les principaux candidats, Kevin Warsh et Kevin Hassett, sont tous deux favorables à de nouvelles baisses de taux, invoquant l’impact désinflationniste des gains de productivité, notamment liés à l’intelligence artificielle.
Des inquiétudes ont récemment émergé quant au risque d’affaiblissement de l’indépendance de la Fed. Plusieurs éléments viennent toutefois atténuer ces préoccupations. Même si un président nommé par Trump peut afficher des vues plus accommodantes, il est probable que les décisions de politique monétaire resteront guidées par les données économiques. L’indépendance de la banque centrale demeure un principe fondamental. Deux événements clés à surveiller concernant l’indépendance de la Fed seront l’audition de la gouverneure Lisa Cook et l’enquête du grand jury contre Powell par le Département de la Justice, liée à la rénovation du bâtiment de la Fed.
4. Relations États-Unis–Chine en 2026 : entre stabilisation et risques stratégiques
L’interaction entre les États-Unis et la Chine continuera de façonner le paysage géopolitique et économique en 2026. La visite d’État de Trump en Chine prévue en avril représente une opportunité clé pour consolider les accords et pourrait servir de plateforme pour élargir le dialogue sur d’autres enjeux mondiaux majeurs, notamment l’Ukraine et Taïwan. Parallèlement, la Chine se prépare à ses « Deux Sessions » annuelles, consacrées à l’élaboration du 15e plan quinquennal, avec un accent particulier sur le renforcement de la résilience économique et la promotion de la coopération multilatérale.
5. L’Europe à la recherche de résilience démocratique et d’autonomie
La quête d’autonomie de l’Europe en 2026 sera façonnée par une série d’événements majeurs. Les élections de mi-mandat aux États-Unis permettront d’évaluer l’influence de Donald Trump sur les relations transatlantiques, tandis que le conflit persistant en Ukraine maintient la sécurité et la résilience énergétique au sommet des priorités. Le Fonds européen de défense (Fed) poursuit le développement de projets communs en matière de défense aérienne et de cybersécurité, soulignant l’engagement de l’Union européenne en faveur de la souveraineté stratégique. Les élections locales et régionales constitueront un test important pour l’Espagne, l’Italie et la France, alors que ces trois pays se préparent à des élections nationales décisives en 2027. En Allemagne, les débats sur les dépenses publiques s’intensifient, le gouvernement étant critiqué pour ne pas orienter suffisamment de fonds vers des investissements productifs. Cependant, ce sont les élections parlementaires en Hongrie en avril qui pourraient constituer un véritable tournant pour l’UE.
6. N’oubliez pas les droits de douane !
Les marchés attendent la décision de la Cour suprême sur la validité des tarifs imposés en vertu de l’IEEPA. Si la Cour juge les tarifs invalides, le gouvernement américain pourrait devoir rembourser près de 150 milliards dollars aux entreprises. Ce scénario créerait probablement une situation « idéale » à moyen terme, avec un taux moyen de droits de douane passant de 12 % à environ 7,5 %. Une telle réduction allégerait la pression sur les marges des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages, mais affecterait négativement la position fiscale des États-Unis. La renégociation de l’accord ACEUM mérite également une attention particulière, avec le risque que le président américain menace de se retirer de l’accord pour obtenir des concessions économiques ou politiques du Canada et du Mexique.
7. Latam : petit marche, implications majeures ?
Bien que les marchés financiers d’Amérique latine restent modestes à l’échelle mondiale, des événements récents – tels que la transition de leadership au Venezuela soutenue par les États-Unis – mettent en lumière l’importance géopolitique croissante de la région en 2026. Malgré une incertitude accrue, les perturbations immédiates sur les marchés et les prix du pétrole ont été limitées, les risques liés au changement de régime étant largement intégrés. Les avancées des partis conservateurs contribuent à une baisse durable du risque politique régional. Cependant, la fragmentation croissante entre les États-Unis et la Chine menace de ralentir la croissance mondiale. Il conviendra de surveiller les risques de contagion liés à la révision de l’accord ACEUM en juillet ainsi que les élections clés au Brésil, au Mexique et au Pérou, qui façonneront la trajectoire de la région.
8. La Banque du Japon : sortie progressive de la politique ultra-accommodante
La Banque du Japon devrait poursuivre sa trajectoire mesurée vers une normalisation progressive de sa politique monétaire. Après la hausse des taux d'intérêt à 0,75 % fin 2025 – le niveau le plus élevé depuis trente ans –, les taux pourraient atteindre environ 1,00 % d’ici fin 2026. La Banque de Japon doit rechercher un équilibre : le ralentissement de la demande mondiale, les incertitudes domestiques, la volatilité du yen et le niveau élevé de la dette publique japonaise pourraient influencer le rythme des hausses de taux. Ses décisions seront scrutées de près par les marchés mondiaux, compte tenu du rôle du Japon comme troisième économie mondiale et acteur clé de la stabilité financière régionale et internationale.
9. L’IA (et non la géopolitique) restera le sujet phare des marchés
Ce n'est pas la géopolitique, mais l'intelligence artificielle qui reste le sujet phare des marchés en 2026. Premièrement, la dynamique de marché est solide : l’adoption de l’IA s’accélère, avec des gains de productivité réels et des rendements mesurables déjà observés dans de nombreux secteurs secteurs, tandis que la croissance des bénéfices continue de soutenir la hausse des valorisations. Dans ce contexte, les publications de résultats des hyperscalers seront scrutées de près par les investisseurs. Deuxièmement, des contraintes structurelles d’offre – telles que les goulets d’étranglement en matière d’énergie, de semi-conducteurs et de capacité des centres de données – jouent le rôle de frein naturel à la surproduction, renforçant la thèse d’investissement à long terme. Troisièmement, les entreprises « IA natives » voient leurs revenus croître à un rythme inédit et la qualité des modèles s’améliore rapidement, favorisant une intégration plus profonde dans les processus métiers. Enfin, les potentielles cotations d’OpenAI et de SpaceX pourraient influencer le sentiment et les flux de capitaux dans le secteur. L’environnement actuel suggère un cycle d’opportunités pluriannuel plutôt qu’une bulle spéculative.
10. Les « inconnues dont nous ignorons l’existence »
Le dernier point à surveiller cette année concerne le domaine des « inconnues dont nous ignorons l’existence » – ces événements imprévisibles qui peuvent bouleverser la trajectoire des marchés. La seule manière fiable de se préparer à une telle volatilité et à des surprises négatives consiste à adopter une diversification robuste : les investisseurs se positionnent ainsi non seulement pour résister aux scénarios défavorables, mais aussi pour saisir les opportunités positives.


