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2026 : vers un nouveau stress test pour l’économie
Calendar23 Jan 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: ODDO BHF AM

Par Daniel Pechon.


Les conditions étaient déjà extrêmes en 2025. Mais 2026 a déjà donné le ton. Les premiers jours de cette année ont déjà apporté un lot de surprises (Venezuela, Groenland) et il reste 11 mois. Cependant, l’économie devrait conserver sa croissance si certains risques ne se matérialisent pas.


En 2025, la situation économique mondiale s’est montrée résiliente parvenant à dépasser les différents écueils mais le nombre d’incertitudes, en ce début d’année, ont augmenté explique Bruno Cavalier, Chef économiste chez ODDO BHF. Le niveau global d’incertitudes a atteint un niveau très élevé. Cependant, le sentiment général reste globalement optimiste pour l’économie en 2026 : « une couche d’optimisme persiste mais avec des fragilités sous la surface, » résume bien Bruno Cavalier.


Depuis quelques années, la croissance mondiale est abonnée à un rythme solide de croissance, supérieur à 3 %, exactement, 3,2 % en 2025…Avec une économie qui a montré une énorme capacité d’adaptabilité et de résistance aux chocs dans l’économie mondiale.


Mai 2026 est déjà coché comme périlleux dans les agendas des économistes…avec les débuts d’un nouveau patron à la tête de la Reserve Fédérale (FED), qui succèdera à Jérôme Powell en fin de mandat. Avec une question qui taraude le monde de la finance : l’indépendance de la politique monétaire sera-t-elle conservée intacte par le nouveau patron de la banque centrale américaine nommé par Donald Trump, lui-même ? Comment gèrera-t-il la pression du président américain ?


Le 3 novembre, une autre date entourée en rouge dans les agendas, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis peuvent rebattre les cartes politiques chez l’Oncle Sam (élection des deux Chambres du Congrès) avec un changement de majorité. Mais aussi avec en pointillés l’incertitude de la réaction de Donald Trump en cas de défaite de son camp… (reconnaitra-t-il la décision des urnes ?).


L’arme favorite


La politique tarifaire continue aussi d’entretenir une autre incertitude. En effet, Donald Trump n'aime pas être contrarié. C’est une réalité. Dès qu’il n’a pas gain de cause ou encore pour faire pression, le président américain agite, (quelques fois d’une brutalité inouïe comme les 200 % sur le vin français) son arme favorite, les droits de douane, semant désordre et/ou incertitude économique.


Après le « shut down » du gouvernement fin 2025, la croissance peut connaitre un effet de rattrapage et s’accélérer en début d’année. Aux Etats-Unis, quand le consommateur américain va bien, l’économie est en bonne santé. En effet, il reste un pivot et même la clé de la croissance américaine, pesant quelque deux tiers du produit intérieur brut (PIB) de l’économie US et bénéficiera cette année de baisses d’impôt.


L’Europe en voie de retrouver la locomotive allemande


L’économie européenne montre aussi une résilience aux chocs. Même si elle reste inférieure en nominal aux US, la croissance européenne ne faiblit pas. Avec un marché de l’emploi qui reste solide, « peut-être plus solide qu’aux Etats-Unis » ajoute Bruno Cavalier, et avec une vraie reprise du crédit, la croissance européenne continue de tenir la route.


Et cette année, avec le nouveau soutien du réveil annoncé de l’économie allemande qui se précise, l’économie européenne devrait restée bien orientée avec un nouvel appui en perspective : la réforme économique allemande, qui vise à moderniser l’économie et à relancer la croissance.


Mais Bruno Cavalier souligne aussi, « si les échanges avec la Chine ont tiré la croissance allemande (en fournissant par exemple des machines-outils), ce n’est plus le cas ». Aujourd’hui c’est une concurrence exacerbée que déploie l’Empire du milieu.


Enfin, la montée de l’investissement dans le secteur de la défense du vieux continent, met aussi de l’eau au moulin de la croissance européenne, mais en créant aussi un choc budgétaire.


Les mouvements de baisse de taux d’intérêt par les banques centrales arrivent à leur terme. Outre-Atlantique, si l’inflation continue à se calmer dans la seconde partie de l’année, avec la digestion de l’effet des droits de douane, la banque centrale américaine pourra trouver de la marge dans la baisse des taux. Du côté de la BCE, avec une inflation qui a atteint sa cible, le cycle de la baisse des taux est à son terme.


Seul le Japon reste encore dans une logique de normalisation qui se traduit par une hausse de taux… au point que le rendement du 10 ans japonais a pratiquement doublé depuis le début 2025, à 2,30 % fin janvier.


Epées de Damoclès sur l’économie américaine


Bruno Cavalier affiche un optimisme sur l’évolution économique américaine, mais le risque de récession existe toujours.


L’expert averti sur deux principaux risques identifiés : une dégradation du marché de l’emploi et une entrée en récession du consommateur américain provoquée par une baisse des marchés financiers.


En effet l’exposition aux marchés financiers des particuliers américains atteint un niveau record, supérieur à la bulle internet, et représente désormais une proportion de 52 % des actifs financiers des ménages d’après les données de la Federal Reserve. Cette situation patrimoniale rend très vulnérables les ménages américains à une dégradation des cours de bourse, qui impactera logiquement leur niveau de consommation (le contraire reste vrai aussi).


A ces deux risques s’ajoute un troisième : celui d’une inflation qui s’avèrerait plus persistante, rognerait le pouvoir d’achat mais surtout provoquerait un impact négatif sur l’évolution des taux.


Enfin Bruno Cavalier rappelle que le monde développé continue de vivre dans une atmosphère très endettée et sort d’une période privilégiée de taux bas. Aujourd’hui, après avoir été normalisés, ces taux sont beaucoup plus haut... Une normalisation qui s’est faite dans une indifférence spectaculaire des marchés obligataires souligne l’économiste de ODDO BHF. Une dégradation du marché obligataire créerait quelques turbulences.