La guerre au Moyen-Orient a ajouté un nouveau degré d’incertitude aux perspectives économiques mondiales, et il est compréhensible que les investisseurs se tournent dès lors vers les liquidités par mesure de précaution, dans une approche attentiste classique. Cela leur permet certes de réduire la volatilité d’un portefeuille, mais le risque ne disparaît pas pour autant. En effet, les obligations à court terme (d’une durée de cinq ans maximum) peuvent constituer un moyen plus efficace de préserver le capital, tout en générant des revenus et des rendements. C’est précisément la raison pour laquelle elles sont particulièrement attractives en période d’incertitude, affirment James Ringer et Karen Wright, experts en obligations chez Schroders .
Lorsque les banques centrales abaissent leurs taux d’intérêt, les taux des liquidités réagissent immédiatement, exposant ainsi les allocations en liquidités au risque de réinvestissement. Les obligations à court terme, en revanche, appliquent en fait le taux d’intérêt attractif pour une période plus longue et continuent de verser un revenu fixe, quelle que soit la situation géopolitique.
Tout d’abord, le rendement des obligations à court terme est aujourd’hui nettement supérieur à celui des dépôts en espèces. Cela signifie également qu’elles ont la capacité de générer des rendements supérieurs à l’inflation, ce que les taux d’intérêt des liquidités ont du mal à faire.
Les obligations à court terme : un équilibre attractif entre risque et rendement
La composante revenu des obligations à court terme joue en la matière un rôle prépondérant, mais c’est surtout la possibilité de combiner des rendements historiquement élevés avec un faible risque de taux qui est à l’origine d’un équilibre attractif entre « risque » et « rendement ».
Résultat ? Une protection considérable contre les pertes en capital. En effet, les obligations versent régulièrement des coupons fixes, indépendamment de l’évolution mondiale, tandis que la duration (ou sensibilité aux taux d’intérêt) est plus faible car les flux de trésorerie d’une obligation (coupon et principal) sont remboursés plus rapidement que pour les obligations à plus longue échéance, ce qui clarifie les perspectives de la politique monétaire. En termes simples, plus les obligations se rapprochent de leur date d’échéance, plus la sécurité augmente.
Alors que certains investisseurs établissent des parallèles avec le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022, c’est précisément cette composante revenu qui fait cette fois-ci vraiment la différence, comme le montre le graphique ci-dessous.
Indices agrégés d’une durée de 1 à 3 ans : niveaux d’équilibre – dans quelle mesure les rendements doivent augmenter avant que des pertes ne surviennent.
Tirer parti du « carry and roll »
Bien que la forme des courbes de taux ait fluctué depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, leur caractère ascendant signifie que les obligations à court terme offrent non seulement un carry (revenu tiré de la détention d’obligations), mais aussi un roll-down attractifs. Le roll-down, comme son nom le suggère, signifie que l’obligation « roule » vers une échéance plus courte (par exemple de cinq ans à quatre ans), où les rendements sont généralement plus faibles, ce qui fait mécaniquement grimper le prix.
Par rapport à aujourd’hui, les rendements en 2022 étaient bien plus faibles – voire négatifs dans certains cas – et les courbes de taux étaient nettement plus plates. Le graphique ci-dessous illustre le rendement supplémentaire pouvant être obtenu via le carry and roll sur le marché européen des taux à court terme.
Un « retour à la normale » : un carry et roll-down attractifs.
Cet avantage structurel contribue actuellement à la relative stabilité des obligations à court terme (par rapport aux échéances plus longues), ainsi qu’au potentiel de générer des rendements ajustés au risque supérieurs à ceux des liquidités.
Ce n’est pas seulement une question de timing, mais cela aide
Les obligations à court terme présentent un avantage majeur : les investisseurs n’ont pas besoin de parfaitement anticiper le marché pour en tirer un rendement. Le flux de revenus se poursuit, que l’attention du marché se porte sur la guerre, les chiffres de l’emploi, la politique budgétaire ou tout autre sujet. C’est précisément ce caractère structurel qui rend ce segment attractif dans un environnement turbulent.
En outre, les rendements sont actuellement suffisamment élevés pour être intéressants, sans que les investisseurs aient nécessairement à prendre beaucoup de risque de crédit supplémentaire. Ce n’est pas le choix qui manque : des paniers à court terme composés d’obligations d’État et d’entreprises aux stratégies plus flexibles laissant davantage de place aux titres à haut rendement. Les gérants de fonds actifs peuvent en outre y ajouter un rendement supplémentaire par rapport à leur indice de référence. Pour de nombreux investisseurs, cela signifie que détenir des liquidités ne procure pas seulement une sécurité, mais coûte aussi en rendement
C’est significatif, car la tentation est grande d’attendre plus de clarté. Toutefois, dans la pratique, les meilleures opportunités ont souvent disparu dès que cette clarté est là. La diminution de l’incertitude engendre généralement une baisse rapide des rendements à court terme. C’est précisément cette baisse des taux qui peut générer des gains de cours sur les obligations à court terme.
Le marché anticipe actuellement de nouvelles hausses de taux, notamment en raison de craintes relatives aux conséquences inflationnistes de la hausse des prix de l’énergie due à la guerre. Dans la zone euro, on table désormais sur plusieurs hausses de taux cette année, alors que l’on s’attendait auparavant à des baisses. Il existe une probabilité non négligeable qu’une partie de ces hausses s’avère finalement inutile.
Si le conflit venait à s’apaiser et que le brouillard macroéconomique se dissipe, cette situation pourrait rapidement s’inverser. Un glissement des craintes inflationnistes vers des inquiétudes concernant un affaiblissement de la demande et un assouplissement des conditions monétaires apporterait un soutien supplémentaire aux obligations à court terme. Un tel scénario provoquerait précisément une baisse des taux d’intérêt des liquidités.
Profiter des gains de cours lorsque les hausses de taux disparaissent des prévisions du marché.
Tous les marchés obligataires ne sont pas égaux
Dans ce contexte, la prudence des investisseurs est compréhensible, mais le choix qui s’offre aux investisseurs obligataires n’est pas aussi binaire qu’une forte exposition au risque de duration ou un repli vers les liquidités. Les obligations à court terme se situent entre ces deux extrêmes : leur potentiel de générer des rendements élevés ajustés au risque offre une alternative pratique en période d’incertitude.
La certitude s’obtient rarement d’un seul coup. Les obligations à court terme ne sont peut-être pas particulièrement passionnantes, mais elles offrent un revenu stable et une bonne résilience. Parfois, être payé pour attendre est la meilleure option et la plus rationnelle.


