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« Miser sur le réveil de l’Europe »
Calendar21 May 2026
Thème: Investir

Par Frédéric Lejoint.


Dans un contexte international perturbé, l’Europe a sa carte à jouer pour devenir une alternative au modèle américain.


En dépit des tensions géopolitiques dans le Golfe Persique, les indices européens restent actuellement sur des niveaux proches de leurs records historiques, que ce soit en France, en Allemagne ou en Belgique. Pour Anthony Bailly (responsable de la gestion actions européennes chez Rothschild & Co Asset Management), cette résistance a trois principales explications : une vulnérabilité moindre à la hausse des prix de l’énergie, des révisions bénéficiaires qui surprennent positivement, et l’impact à venir des différents plans d’infrastructure visant à réindustrialiser l’Europe. « En réalité, en regardant ces différents éléments, il est facile de comprendre pourquoi le marché des actions européennes reste vigoureux ».


Anthony bailly portrait

Normalisation


Concernant l’impact des prix de l’énergie, il souligne que c’est un facteur de risque qui doit être considéré comme gérable. Le marché anticipe une normalisation du prix du baril de Brent vers les 70 dollars durant les 12 prochains mois. En outre, les prix du gaz et de l’électricité restent bien loin des sommets atteints en 2022 lors du déclenchement de la guerre en Ukraine. « Dans l’ensemble, l’impact devrait rester limité, même s’il faut bien entendu rester vigilent », et plus particulièrement accélérer la transition vers un modèle qui ne repose plus sur la disponibilité du gaz russe à bas prix.


Anthony Bailly indique également qu’un facteur très surprenant de ce début d’année a été la bonne résistance des attentes bénéficiaires, soutenues par les révisions positives pour les valeurs de l’énergie. « Les autres secteurs montrent pour le moment une résistance notable en dépit du contexte macroéconomique. Nous pensons que cette tendance devrait se poursuivre, avec une croissance des bénéfices par actions qui devrait dépasser 10%, tant en 2026 qu’en 2027. Je constate d’ailleurs que les sociétés ont essentiellement confirmé leurs objectifs à l’occasion des chiffres pour le premier trimestre, et qu’il n’y a donc pas lieu d’avoir des discours alarmistes. Pour les marchés européens, avoir une dynamique très positive au niveau des résultats durant deux années consécutives est devenu extrêmement rare ».


Infrastructures


L’explication principale de cette bonne résistance se trouve dans les plans d’infrastructure mis en place durant les dernières années, notamment en Allemagne, qui favorisent l’émergence d’une nouvelle souveraineté européenne au travers de secteurs comme la défense ou l’industrie. « Notre scénario intègre une reprise économique faible en 2026, et qui va accélérer à partir de 2027 sous l’impulsion du plan d’infrastructure allemand ».


Il souligne d’ailleurs que la production industrielle européenne a progressé de 1,3 % au premier trimestre, avec un bond de 5% pour les nouvelles commandes. « Le modèle européen évolue, avec une volonté de se réinventer et de trouver de nouveaux partenariats (Inde, Mercosur, etc). L’Union Européenne semble également devenir plus pragmatique, et est d’ailleurs revenue sur certaines décisions très contraignantes, notamment avecun allongement de ventes de véhicules thermiques au-delà de 2035 ».


Valorisation


En dépit d’indices boursiers qui restent proches de leurs records historiques, Anthony Bailly pointe que les actions européennes restent encore valorisées très favorablement, avec un rapport cours/bénéfice supérieur à 14, soit légèrement au-dessus de la médiane sur les 20 dernières années mais nettement en dessous des niveaux atteints sur le marché américain, où le rapport cours/bénéfice dépasse 22.


« Le marché européen est également plus sain, car nettement moins concentré autour de quelques grandes valeurs. Les 10 principales sociétés ne représentent que 17% du marché, contre 40% pour les 10 principales capitalisations américaines. C’est un facteur de risque que nous n’avons pas en Europe et qui constitue un élément d'inquiétude pour le marché américain. Si on se dirige vers une résolution du conflit en Iran, l’attention du marché reviendra probablement vers l’impact du plan de relance allemand, avec une nouvelle phase de surperformance du marché européen ».


Secteurs


En termes de positionnement sectoriel, l’analyse d’Anthony Bailly implique une préférence pour les secteurs industriels européens qui vont profiter de la reprise cyclique et des plans d’investissements. « Cette thématique constitue actuellement le cœur de notre stratégie R-co Conviction Equity Value Euro, et représente plus de 50%de son exposition, notamment à travers les secteurs des matières premières t de la construction ».


Il apprécie également les perspectives du secteur bancaire, qui reste sa plus forte surpondération par rapport au poids de ce secteur dans l’indice de référence. « Nous avons d’ailleurs profité des phases de volatilité récentes pour renforcer notre exposition. De même, nous sommes également rentrés dans quelques acteurs technologiques ( CapGemini , Wolters Kluwer ) qui avaient été pénalisés car leur modèle était jugé comme à risque avec l’émergence de nouveaux acteurs utilisant l’IA ». Il estime également qu’il existe actuellement une opportunité majeure dans des segments comme l'immobilier ou les télécoms, qui seront peu affectés par la disruption de l’IA.


A l’inverse, il estime qu’il faut être actuellement sous-pondéré sur le secteur de l’énergie, qui bénéficie d’une prime géopolitique importante qui pourrait se dégonfler rapidement en fonction de l’évolution du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. « Nous restons également à l’écart du secteur de la défense en raison de la valorisation qui est devenue particulièrement exigeante ».


Parmi les facteurs de risque pour ce scénario positif, il pointe notamment la poursuite du conflit qui entraînerait le maintien de prix pétroliers sur des niveaux élevés, susceptibles de peser durablement sur la confiance des consommateurs. « Nous sommes donc prudents par rapport aux secteurs exposés sur la consommation ». Ceci constituerait également une mauvaise nouvelle pour les secteurs fortement dépendants du pétrole, comme la chimie ou les compagnies aériennes.