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« Il faut rentabiliser les investissements dans l’IA»
Calendar28 Jul 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Nagelmackers

Par Frédéric Lejoint.


Dans un contexte où l’inflation reste le principal risque sur les marchés financiers, Anh Nguyen (Banque Nagelmackers) estime que les métaux précieux et industriels conservent leur place dans une allocation de long terme.


Anh Nguyen est gestionnaire de fonds et stratégiste chez la Banque Nagelmackers. Pour les prochains mois, il s’attend à une croissance économique américaine qui va continuer à évoluer sur un tempo plus élevé qu’en Europe, une domination liée aux importantes dépenses d’investissement réalisées dans le secteur technologique. « Ce facteur va continuer de dominer l’activité économique à court et moyen terme, tandis que l’Europe reste plus dépendante des prix de l’énergie ».


Risque inflationniste


Il estime qu’il ne faut pas être inquiets des signes d’essoufflement affichés récemment par le marché du travail aux Etats-Unis. « Le ralentissement semble s’être stabilisé et le risque de récession apparaît aujourd’hui plus limité qu’il y a quelques trimestres». Le seul écueil serait un retour de l’inflation sur un niveau élevé, dans un contexte géopolitique qui reste fragile, ce qui constituerait une mauvaise nouvelle pour les marchés obligataires, mais également pour les marchés boursiers.


« Il y a toujours un risque que les entreprises ne puissent pas répercuter cette hausse de l’inflation vers leurs clients, avec un risque de pression sur les marges et les bénéfices. Nous l’avons récemment vu avec Apple qui a été contraint d’augmenter substantiellement SES prix suite à la hausse des coûts et des investissements. Le secteur technologique doit encore trouver une certaine forme de rentabilité pour les investissements gigantesques qui ont été réalisés dans l’IA ».


Au niveau des politiques monétaires, son scénario central reste celui d’un maintien des taux directeurs dans un environnement qui sera très politisé durant les prochains mois avec les élections de mi-mandat. « Pour l’instant, le message est plutôt sur une hausse des taux aux Etats-Unis. Mais si les prix pétroliers se stabilisent, il y aura des arguments pour ne pas bouger ». Et pour l’Europe, il estime que la BCE devrait se garder d’augmenter encore le loyer de l’argent dans un contexte économique déprimé. « Avec le recul, certains observateurs peuvent s’interroger sur la nécessité de cette première hausse de 25 points de base compte tenu du contexte économique européen.».


Accent technologique


Même si Anh Nguyen estime que certains secteurs européens ne sont pas dénués d’intérêt, une allocation d’actifs diversifiée conserve selon lui un intérêt à maintenir une exposition au secteur technologique. « Nous conservons une exposition qui est globalement en ligne avec le reste du marché, même si nous avons plutôt eu tendance à privilégier depuis plusieurs mois la partie la moins chère de ce secteur, un positionnement qui nous a été plutôt favorable depuis le début 2026 ».


En dépit d’un positionnement globalement sous-pondéré sur l’Europe, le secteur bancaire continuer d’offrir des perspectives favorables avec une valorisation qui reste fortement décotée. « En outre, même si l’activité économique continue de soutenir le maintien d’un biais vers les actions américaines, un investissement vers les grandes capitalisations européennes continue d’offrir une bonne diversification sectorielle par rapport aux indices américains ».


Enfin, Anh Nguyen apprécie les perspectives de certains pays émergents, notamment sur les grands noms du secteur technologique en Asie « dans un contexte de croissance mondiale qui devrait rester soutenue, avec un dollar qui devrait plutôt se stabiliser sur le marché des changes ». Selon lui, le billet vert devrait rester tiraillé entre des besoins de refinancement particulièrement importants (dette à 130% du PIB) et une attractivité des actifs américains qui pousse à une détention d’actifs en dollars.


Défiance obligataire


Au niveau des marchés obligataires, Anh Nguyen souligne être globalement sous-pondéré en raison de perspectives décevantes. « Nous sommes particulièrement prudents sur les obligations d’état. La hausse des taux sur les échéances longues est une tendance mondiale, liée notamment au financement des différents plans d’infrastructure, de réarmement et de réindustrialisation. Les états doivent emprunter sur le long terme, avec une offre de papier abondante qui pousse les rendements à la hausse ». Dans le même temps, il pointe également que le crédit reste également cher, avec un différentiel très étroit par rapport aux émissions gouvernementales.


Dans les actifs réels, l’immobilier pourrait bien se comporter si les taux reprennent leur baisse. Il apprécie plus particulièrement les groupes spécialisés dans la logistique qui ont commencé à diversifier leur activité vers les centres de données depuis quelques années. « Les perspectives nous paraissent continuer à être favorables sur ce segment un peu alternatif ».


Métaux stratégiques


« L’or nous paraît continuer à jouer un rôle pertinent dans une allocation diversifiée. En effet, il continue de faire l’objet de rachats importants par les banques centrales émergentes qui cherchent à augmenter le poids de leurs réserves en or. Pour dédollariser leurs réserves, il n’y a pas beaucoup d’alternative à l’or dans un contexte où la production annuelle de métal jaune reste très faible et où les coûts pour lancer la production d’une nouvelle mine sont toujours plus élevés car il faut creuser de plus en plus profondément pour trouver de nouveaux gisements ».


Dans le même ordre d’idée, Anh Nguyen apprécie également les perspectives de long terme offertes par les métaux stratégiques utilisés dans la transition énergétique ou dans la mise en place de l’architecture IA (centre de données), comme le cuivre, l’aluminium, le platine ou le palladium. « Nous sommes dans un monde où nous consommons beaucoup de ressources naturelles. La construction d’un centre de données, d’un champ de panneaux solaires ou d’éoliennes, ou d’un navire militaire nécessite un volume important de métaux plus ou moins rares, dont la production est par nature limitée ».