Playing with fire
07 Oct 2026
Thème: Macro
Maison de fonds: Degroof Petercam

Par : Bénédicte Kukla, stratège en chef chez Indosuez Wealth Management, et Grégory Steiner, responsable mondial de l'allocation d'actifs chez Indosuez Wealth Management

Les pouvoirs publics interviennent de plus en plus souvent dans l’économie et sur les marchés. Cela se traduit par leur influence sur les marchés obligataires et par leurs politiques commerciales, énergétiques et industrielles. Le risque est que les décideurs politiques réagissent de manière excessive aux chocs d’offre et aux pressions du marché. Pour l’instant, les économies restent résilientes, notamment grâce à la croissance des bénéfices soutenue par l’IA. Nous continuons donc à investir dans les actions, mais restons prudents vis-à-vis des obligations : les mesures politiques maintiennent les taux d’intérêt sous pression.


Bénédicte Kukla

Scénario macroéconomique

Le pétrole est à nouveau au cœur du débat macroéconomique. Après un prix moyen d’environ 90 dollars le baril au troisième trimestre, nous prévoyons que le prix restera élevé au quatrième trimestre. En 2027, il devrait baisser pour s’établir entre 75 et 80 dollars. La baisse de la demande, la diminution des importations chinoises de pétrole et le réacheminement des livraisons ont jusqu’à présent amorti le choc. Ces amortisseurs sont mis à rude épreuve alors que les infrastructures énergétiques restent vulnérables. Le choc de l’offre maintient les risques d’inflation à un niveau élevé, même si nous ne voyons pas de nouveau cycle d’inflation tiré par la demande.

Aux États-Unis, l’activité économique s’est légèrement ralentie cet été, notamment chez les consommateurs. La croissance reste néanmoins solide : l’économie semble toujours « ni trop chaude, ni trop froide ». La consommation devrait ralentir lorsque la croissance des revenus réels s’atténuera et que les facteurs temporaires disparaîtront. Les effets de richesse apportent toutefois un soutien. Les investissements constituent le point fort de la situation. Une politique budgétaire favorable à la croissance et le cycle d’investissement dans l’IA soutiennent les investissements hors du secteur du logement. L’industrie manufacturière devrait également bénéficier de la demande de produits liés à l’IA. Le marché immobilier n’apporte guère de contribution tant que les taux d’intérêt restent élevés.

Le marché du travail se refroidit. La croissance de l’emploi ralentit et la récente baisse du chômage est en partie liée à une baisse du taux d’activité, et non à une demande accrue de main-d’œuvre. Les licenciements restent limités. Les chiffres de l’inflation fluctuent, mais nous considérons que l’inflation sous-jacente résulte principalement de facteurs temporaires, tels que les droits de douane, et non d’une surchauffe généralisée.

Après la hausse des taux d’intérêt de 25 points de base en septembre, nous prévoyons une nouvelle hausse d’ici fin 2026, pour atteindre 4,25 %. Nous considérons cette mesure avant tout comme une mesure de précaution et non comme le début d’un nouveau cycle de resserrement monétaire. Pendant la majeure partie de l’année 2027, les taux d’intérêt devraient rester inchangés ; vers la fin de l’année, ils pourraient baisser à 4,0 %. Les élections de mi-mandat restent incertaines. Tant un gouvernement de coalition qu’une victoire démocrate pourraient entraîner une réduction des mesures de relance budgétaire et un comportement politique plus risqué. Les politiques commerciales et d’immigration restent en grande partie entre les mains du gouvernement actuel.

La zone euro réserve également des surprises positives. Au deuxième trimestre, le PIB a progressé de 0,4 % par rapport au trimestre précédent, même si près de la moitié de cette hausse était due à des fluctuations temporaires en Irlande. Nous tablons sur une croissance de 1,0 % en 2026 et de 1,2 % en 2027. La consommation résiste mieux que prévu, les exportations bénéficient des échanges intra-européens et les investissements sont soutenus par les dépenses allemandes en matière de défense, d’infrastructures et d’électrification. Il s’agit d’une reprise, et non d’une surchauffe. La hausse des coûts énergétiques pèse sur les ménages et freine la croissance.

L’inflation globale a augmenté en raison de l’énergie, tandis que l’inflation sous-jacente a reculé. La vague de chaleur pourrait également faire grimper davantage les prix des denrées alimentaires et de l’électricité, car la production d’énergie renouvelable et nucléaire est mise à rude épreuve. La hausse des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne (BCE) en septembre est compréhensible. Il existe toutefois un risque qu’une attention excessive portée au choc énergétique conduise à sous-estimer la fragilité de la demande et l’évolution modérée des salaires. Avec un taux d’intérêt des dépôts à 2,5 %, nous anticipons plutôt une politique monétaire restrictive à long terme qu’un nouveau cycle de hausses. Cela pourrait freiner la reprise naissante, alors qu’elle reste vulnérable au choc énergétique. La situation diffère donc de la Fabryki Mebli Forte reprise observée après la crise du coronavirus en 2022.

La Chine reste une économie à deux vitesses. La production se stabilise, les perspectives des entreprises s’améliorent et les exportations restent solides, en partie grâce au cycle mondial de l’IA dans les chaînes d’approvisionnement asiatiques. La Corée, Taïwan et Singapour en profitent également. La demande intérieure en Chine reste faible, la croissance du crédit modérée et les pressions inflationnistes minimes. Le Japon connaît une conjoncture nominale solide : l’activité se situe au-dessus de l’écart de production à long terme et l’inflation s’accélère, tandis que les coûts de financement réels restent négatifs. Cela soutient les hausses progressives des taux d’intérêt par la Banque du Japon. Nous considérons cela comme une normalisation, et non comme un resserrement conventionnel. Le processus de reflation se poursuit ; d’ici fin 2027, le taux directeur pourrait atteindre 2 %.

Stratégie d’investissement

Compte tenu des fluctuations saisonnières, des tensions géopolitiques et de la hausse des taux d’intérêt à long terme, nous maintenons une allocation stratégique disciplinée. Nous restons optimistes à l’égard des actions, soutenues par des bénéfices d’entreprise solides, le cycle d’investissement dans l’IA et la croissance régulière de l’économie américaine. Les risques à court terme appellent à la vigilance, mais les corrections de marché peuvent offrir des opportunités de renforcer les positions.

Nous privilégions les actions des États-Unis et des marchés émergents. Aux États-Unis, les investissements dans l’IA et la solidité des bilans des entreprises soutiennent la croissance des bénéfices. Une exposition sélective aux grandes valeurs de croissance reste justifiée. Parallèlement, nous diversifions notre portefeuille vers des petites et moyennes capitalisations financièrement saines. Nous tirons ainsi parti du potentiel de l’IA, réduisons notre dépendance vis-à-vis de quelques grandes entreprises technologiques et accédons à des segments moins suivis présentant des valorisations potentiellement plus attractives.

Les marchés émergents bénéficient de leur rôle dans la chaîne de valeur technologique, de la perspective d’un dollar plus faible à moyen terme et, pour certains exportateurs de matières premières, d’un soutien sur les marchés des changes. Nous restons toutefois attentifs à la Fabryki Mebli Forte concentration de la hausse des cours sur un petit groupe de valeurs asiatiques des secteurs de la technologie et des semi-conducteurs. L’Europe est plus vulnérable en raison des contraintes énergétiques, d’une politique monétaire très sensible aux chocs d’offre et des risques politiques, notamment en France. Concernant le Japon, nous restons prudents en raison de la normalisation monétaire Progressive et de la sensibilité aux coûts énergétiques.

Marchés des taux d’intérêt et du crédit

La hausse des rendements rend les obligations plus attractives qu’au cours des derniers trimestres, mais ne justifie pas encore des durées beaucoup plus longues. Trouver un moment plus propice pour investir dans les obligations à long terme reste le principal défi. De nouvelles tensions sur les taux d’intérêt restent possibles alors que la crédibilité des banques centrales est remise en question et que les déficits budgétaires sont importants. La concurrence entre les besoins de financement des gouvernements et des entreprises exerce également une pression sur les taux d’intérêt à long terme, notamment aux États-Unis. C’est pourquoi nous limitons le risque de taux et nous concentrons sur les durées courtes à moyennes. Les obligations d’État européennes offrent des opportunités, car le marché pourrait anticiper un scénario trop restrictif de la part de la BCE.

En ce qui concerne les obligations d’entreprises, nous privilégions les émetteurs de qualité qui émettent en euros. Malgré des spreads plus serrés, les rendements absolus restent attractifs et les fondamentaux des entreprises sont solides. Les flux persistants d’investisseurs en quête de rendement constituent également un soutien. Pour les obligations à haut rendement, nous restons sélectifs : les risques sont gérables, mais les valorisations n’offrent pas une marge de sécurité suffisante pour augmenter l’exposition au risque. Les obligations des marchés émergents libellées en monnaie locale restent intéressantes à des fins de diversification. Les taux d’intérêt réels élevés génèrent des revenus attractifs ; de plus, le renforcement progressif des monnaies locales peut soutenir les performances.

Devises

À moyen terme, nous restons pessimistes vis-à-vis du dollar. La devise américaine pourrait bénéficier à court terme de son statut de valeur refuge, mais la vulnérabilité du financement extérieur laisse présager une baisse Progressive . Une victoire convaincante des démocrates aux élections de mi-mandat exercerait une pression supplémentaire sur le dollar. La réunion de la Banque du Japon en septembre a déçu les investisseurs : le yen est resté à la traîne par rapport aux autres devises et la banque centrale n’a guère fait preuve d’une attitude restrictive. C’est pourquoi nous abaissons notre perspective sur le yen de « positive » à « neutre ». Nous conservons toutefois cette devise à des fins de diversification.

L’or reste un instrument populaire pour diversifier un portefeuille. Le métal précieux bénéficie de l’incertitude géopolitique, des inquiétudes concernant les budgets des économies développées, de la diversification des réserves officielles et de la reprise de la demande chinoise. Ces facteurs structurels compensent la pression à court terme exercée par la hausse des taux d’intérêt réels.