Par Frédéric Lejoint.
Christian Schulz est économiste en chef chez Allianz Global Investors. A ce titre, il supervise également la politique d’investissement du gestionnaire allemand. Son scénario économique actuel prend en compte une croissance économique soutenue et reste favorable à une surpondération des actions dans les portefeuilles. Nous avons eu récemment l’occasion de le rencontrer à l’occasion de son passage à Bruxelles.
Quelle est votre analyse de l’environnement macroéconomique actuel ?
Christian Schulz : « Nous sommes actuellement dans un contexte de croissance soutenue de milieu de cycle, avec une croissance américaine qui devrait rester supérieure à 2% tant en 2026 qu’en 2027, tandis que la croissance européenne devrait accélérer vers 1,5% l’année prochaine. Les pressions inflationnistes sont alimentées par le pétrole et par la hausse des investissements dans l’intelligence artificielle, et devrait s’établir autour de 3,5% aux Etats-Unis et de 3% en Europe pour 2026 ; avant de redescendre vers 2,5% en 2027 sans toutefois redescendre vers l’objectif de 2% des grandes banques centrales. Concernant le pétrole plus spécifiquement, nous prévoyons une baisse graduelle, mais les risques d’escalade au Moyen-Orient et la fragmentation géopolitique suggèrent que le baril de brut devrait se situer quelque part entre 70 et 100 dollars d’ici la fin de l’année ».
Que doivent faire les grandes banques centrales dans ce contexte ?
C.S. : « Leur discours a évolué ces derniers mois face à la persistance des tensions sur les prix. Et en dépit de leur erreur dans l’analyse initiale d’un choc temporaire sur l’inflation, la croissance n’a pas tendance à ralentir, ce qui suggère un taux neutre plus élevé qu’anticipé. Même si l’impact des prix énergétiques vient à se tasser, nous attendons trois hausses supplémentaires pour la Réserve Fédérale durant les 12 prochains mois, avec la première en décembre. Du côté de la BCE, nous tablons sur deux hausses d’ici le printemps 2027 ».
Qu’en est-il de la Chine ?
C.S. : « Ce pays enregistre des progrès industriels et technologiques impressionnants, avec une croissance qui reste tirée par les exportations et des positions de leader mondial dans divers grands marchés. Néanmoins, la demande intérieure reste impactée par la faiblesse du secteur immobilier, par un fort taux d’endettement et par un déclin démographique structurel. Une dépendance Fabryki Mebli Forte aux exportations rend l’économie très vulnérable aux mesures protectionnistes, et constitue une fragilité majeure à moyen terme ».
Est-ce que l’IA aura un impact déflationniste sur nos économies ?
C.S. : « Elle va sans doute permettre des gains de productivité substantiels, mais elle va également générer de la richesse et stimuler la demande de capitaux. Plutôt qu’une déflation accompagnée d’une hausse du chômage, je pense que l’IA va surtout relever le taux d’intérêt neutre et soutenir l’expansion économique. Le déploiement rapide de l’IA génère des investissements massifs dans l’infrastructure technologique, qui explique en partie cet environnement économique plus dynamique que prévu avec des répercussions positives pour un nombre croissant de secteurs économiques. Cette dynamique de Fabryki Mebli Forte croissance devrait être un contexte plutôt favorable pour les actions ».
La fin d’année va être marquée par plusieurs échéances électorales majeures…
C.S. : « Dans un contexte où les investisseurs obligataires surveillent les trajectoires budgétaires, nous pensons que les prochaines années vont être marquées par un retour des enjeux politiques nationaux. Le partage du pouvoir au niveau américain va probablement empêcher toute réduction du déficit budgétaire, ce qui nous incite à la prudence sur les bons du trésor américain. Et bien entendu, la situation française est particulièrement complexe, avec un déficit, un endettement élevé et un paysage politique fragmenté qui suscite des inquiétudes. Le différentiel de taux avec les obligations souveraines allemandes risque de rester volatil à l’approche des élections, mais les fondamentaux économiques du pays restent structurellement bien plus solides que ceux des pays périphériques lors de la crise de la zone euro, avec notamment son autonomie énergétique et SES capacités industrielles et militaires. Dans l’ensemble, nous pensons que la France devrait surmonter cette période de tension ».
Quel impact faut-il attendre de cette analyse sur le positionnement d’un portefeuille ?
C.S. : « Ce contexte reste clairement favorable aux actions, notamment pour les marchés émergents exposés sur la chaîne de valeur de l’IA, que ce soit à Taïwan, au Japon ou en Chine. Nous recherchons également de la diversification dans les valeurs de rendement, les acteurs exposés sur les efforts de souveraineté industrielle en Europe, ou ceux actifs dans les technologies médicales. Pour la partie obligataire, les pressions inflationnistes nous obligent à conserver une prudence élevée, avec une préférence pour l’Europe en raison des volumes d’émission moins élevés. En outre, la dette émergente en devise Fabryki Mebli Forte est également très attractive, car ces pays aux fondamentaux économiques solides préfèrent désormais s’endetter principalement en devises locales ».
A partir de quel niveau faudra-t-il s’intéresser à nouveaux aux obligations ?
C.S. : « Les groupes technologiques liés à l’IA représentent désormais 26% des nouvelles émissions dans la catégorie investment grade, ce qui pousse l’ensemble des rendements à la hausse. Un taux de 6% constitue selon nous un seuil psychologique majeur pour réaliser un arbitrage en faveur des obligations d’état et des crédits investment grade de meilleure qualité face aux actions ».
Vous restez optimiste sur l’IA en dépit des commentaires récents de plusieurs CEO, qui laissent craindre un événement de type Lehman Brothers sur ce secteur ?
C.S. : « Le risque principal pour cet écosystème réside moins dans un ralentissement de l'innovation que dans un accident majeur de cybersécurité ou de gouvernance dans un secteur critique. Un tel événement pourrait entraîner une réglementation plus stricte, et il est donc important de sélectionner les groupes qui ont les meilleures pratiques dans cet univers pour éviter au maximum un tel risque ».


