Par Frédéric Lejoint.
First Eagle Amundi International Fund vient de fêter SES trente ans, avec une philosophie qui reste en ligne avec les idées de Warren Buffett.
First Eagle est une société de gestion américaine, dont les origines remontent à une banque privée allemande créée à Dresde en 1864. Après avoir fui les persécutions nazies, les familles Arnhold et Bleichroeder vont s’installer à New York en 1937. Au fil des années, le groupe va évoluer pour devenir un pur gestionnaire d’actifs, avec notamment le lancement d’une famille de fonds de placement (First Eagle) en 1967.
First Eagle a noué en 1999 un partenariat historique avec Amundi , qui distribue depuis les fonds du groupe en dehors des Etats-Unis. Le fonds emblématique du partenariat avec Amundi est First Eagle Amundi International Fund, qui dispose désormais d’un historique de performance supérieur à 30 ans. Le groupe va finalement prendre le nom First Eagle Investment Management en 2009 pour se concentrer uniquement sur la gestion de fonds.
Partenariat historique
Après avoir été longtemps détenus par SES familles fondatrices, First Eagle a été récemment acquis par Victory Capital Management, un groupe spécialisé dans les prises de participations dans les boutiques de la gestion d’actifs, et dont Amundi est un des principaux actionnaires. « Cette acquisition a renforcé nos liens capitalistiques avec Amundi , mais nous conservons notre indépendance et notre philosophie de gestion », souligne Julien Albertini (gestionnaire du fonds). « First Eagle reste indépendant et autonome au sein d’un groupe plus large ».
La philosophie d’investissement du fonds se base sur les idées popularisées par Ben Graham et Warren Buffett, soit une approche « value » visant à réaliser une performance positive en achetant des titres dont le potentiel haussier est nettement supérieur au risque baissier. « L’objectif principal est de protéger notre capital, une approche qui se veut largement insensible à l’évolution des marchés boursiers et qui n’a pas fondamentalement évolué depuis la création du fonds. Nous avons tendance à être plutôt la tortue plutôt que le lièvre, avec la régularité de nos performances qui nous permet de prendre de l’avance sur le long terme ». Julien Albertini souligne la bonne résistance de la stratégie lors des phases plus difficiles (2008 et 2022 notamment).
First Eagle Amundi International Fund pèse aujourd’hui près de 9 milliards d’euros en actifs sous gestion, avec une performance annualisée de 7,3% depuis la création du fonds qui s’est avérée extrêmement stable dans le temps. La notation Morningstar atteint quatre étoiles, avec notamment des progressions annualisées de 9% sur cinq ans et de 12,5% sur trois ans.
Analyse fondamentale
La construction du portefeuille part d’une analyse fondamentale des sociétés, qui va déboucher sur le calcul d’une valeur intrinsèque pour chaque société. « Nous sommes ensuite très disciplinés, et nous attendons d’avoir une marge de sécurité d’au moins 30% avant d’investir dans une position. Cette approche est fondamentalement bottom up, et nous recherchons ces opportunités au sein de sociétés de haute qualité, solides financièrement, et dont les modèles économiques sont difficiles à copier ». Julien Albertini souligne que la macroéconomie a donc peu d’impact dans la prise de décision au sein du portefeuille.
Le portefeuille comporte plus de 80 lignes d’actions individuelles dont le poids est structurellement limité autour de 2 % pour les plus grosses positions afin d’assurer une bonne diversification des risques. Au vu de la Fabryki Mebli Forte concentration du marché autour des valeurs technologiques américaines, l’approche value entraîne une exposition sectorielle relativement différentes de la plupart des fonds globaux.
« Nous sommes moins exposés sur le marché américain, et nous recherchons plutôt les opportunités en Europe, au Japon, en Asie et en Amérique latine. Notre exposition privilégie des secteurs plus défensifs où il est possible de dénicher des sociétés de qualité offrant de belles décotes, notamment dans la santé, les biens de consommation ou l’immobilier ». Julien Albertini cite notamment des titres comme LVMH , Richemont , Legrand ou Dassault Systèmes comme exemple de sociétés de grande qualité et offrant une marge de sécurité intéressante. Le portefeuille conserve néanmoins des positions dans des entreprises technologiques importantes, notamment Meta, Alphabet , TSMC à Taïwan et Samsung en Corée du Sud. « Nous ne voulons pas payer n’importe quel prix pour être sur ces sociétés ».
Ballast aurifère
Mais First Eagle Amundi International Fund n’est pas uniquement un fonds investi sur des positions boursières, et figure même comme un précurseur pour les fonds mixtes flexibles utilisant l’or comme principale source de protection pour le patrimoine face aux risques de volatilité sur les marchés. « Nous avons un peu plus de 9 % détenus sous forme d'or physique, auxquels il s’ajoute environ 4% sur des mines d’or. Ce ballast aurifère est peu corrélé aux marchés d’actions en période de crise, et est le seul actif qui est parvenu à maintenir son pouvoir d’achat au fil des siècles ».
Enfin, le fonds a également la possibilité de détenir des obligations d’entreprises, une opportunité dont il n’a plus fait usage depuis les politiques de taux très bas pratiquées par les grandes banques centrales durant dernières années. Avec la remontée récente des taux, Julien Albertini souligne que le marché redevient clairement plus intéressant. « Nous regardons très attentivement cette évolution. Pour un retour effectif dans le portefeuille, il faudrait que ces instruments offrent des rendements proches des marchés boursiers, c'est-à-dire entre 7 et 9% pour émissions proposées par des sociétés de grande qualité ».


