Par Dr Karsten Junius, Chef économiste, J. Safra Sarasin
La nouvelle évaluation des risques présentée par Jerome Powell à Jackson Hole a clairement été le principal moteur du rallye des actifs risqués vendredi dernier. Toutefois, la conférence a offert bien plus qu’une simple probabilité accrue d’une baisse des taux en septembre.
Principales remarques du président de la Fed :
1. Il a décrit le marché du travail comme équilibré, mais a parlé d’un « équilibre curieux » résultant d’un net ralentissement de l’offre et de la demande de main-d’œuvre. Cette situation inhabituelle suggère une augmentation des risques baissiers pour l’emploi.
2. Son scénario de base est que les droits de douane n’entraîneront qu’une hausse temporaire de l’inflation. Il a reconnu que des dynamiques défavorables salaires-prix pourraient apparaître, mais a jugé ce scénario peu probable, étant donné que le marché du travail n’est pas particulièrement tendu et fait face à des risques baissiers croissants.
3. En conséquence, il a conclu que l’évolution de l’équilibre des risques pourrait justifier un ajustement de la politique monétaire.
4. Il considère que la politique actuelle est légèrement restrictive. Cela rend une baisse des taux en septembre très probable, mais une série rapide de réductions nécessiterait une détérioration supplémentaire du marché du travail.
5. Powell a également présenté les résultats de la révision stratégique de la Fed. La banque centrale est revenue à une approche flexible du ciblage de l’inflation et a abandonné la stratégie dite de « rattrapage », ce qui signifie que les périodes de sous-réalisation de l’objectif de 2 % ne seront plus compensées ultérieurement par une inflation supérieure. Comme les anticipations d’inflation restent bien ancrées et que l’expérience a montré qu’un taux d’inflation plus élevé est possible, cette stratégie n’est plus jugée nécessaire.
Autres contributions notables de la conférence :
Nakamura et al. ont fourni une contribution majeure en expliquant pourquoi la règle de Taylor a mal fonctionné depuis 2008 et pourquoi elle restera sans doute moins pertinente à l’avenir. Alors que cette règle prescrit une hausse du taux directeur plus que proportionnelle à l’inflation, ils ont montré que ce n’est pas toujours nécessaire, notamment lorsque les anticipations d’inflation sont solidement ancrées. Cet ancrage dépend avant tout de la crédibilité de la banque centrale. Ils ont mis en garde : « Le haut degré de crédibilité de la Fed provient de son solide historique et de son indépendance institutionnelle. Ces atouts précieux peuvent être détruits beaucoup plus rapidement qu’ils n’ont été construits. » Christine Lagarde, présidente de la BCE, a souligné le comportement inhabituel du marché du travail ces dernières années. Elle a relevé qu’il était remarquable que l’inflation ait pu baisser fortement avec un coût limité en termes de chômage. Entre fin 2021 et mi-2025, l’emploi dans la zone euro a progressé de 4,1 % (soit 6,3 millions de personnes supplémentaires). Autrement dit, contrairement aux cycles passés, il n’a pas été nécessaire de provoquer une récession et une hausse du chômage pour ramener l’inflation vers sa cible. Un « atterrissage en douceur » a suffi. Implications pour les marchés financiers :
Pour les investisseurs, ces constats sont essentiels. Si l’inflation peut être maîtrisée sans récession profonde, le risque de ralentissements induits par la politique monétaire diminue. Cela justifie des valorisations d’actifs plus élevées.