Par Daniel Pechon.
Confectionner son allocation d’actifs avec les nouvelles données géopolitiques, diversifier son portefeuille de façon conséquente avec une poursuite de la pondération des valeurs technologiques américaines mais aussi de l’Asie du Sud-Est, et une question sur une place de l’Europe (valeurs financières, défense, small caps…).
« Plutôt Bull que bulle… »
« En actions, nous continuons de préférer les Etats-Unis à l’Europe. Certes les valorisations outre-Atlantique sont élevées, avec un rapport cours/bénéfice de 25, bien supérieur à sa moyenne historique. Mais ces valorisations hautes le sont pour de bonnes raisons. La hausse des cours s’est faite en parallèle, avec une hausse des bénéfices par actions. Le marché a fait son travail. Les fondamentaux sont encore sains. Nous avons la conviction que l’intelligence artificielle va rester le thème central, en tête de gondole, » explique Laurent Denize Co-directeur des investissements de ODDO BHF. L’IA restera un thème central en 2026 avec des gains de productivité, une dispersion de la croissance qui va commencer à s’étendre vers d’autres segments du marché. « Avec une hausse de 15 % des bénéfices estimés en 2026, nous restons sur la tech. Cependant, il faut avoir un œil attentif sur les hyperscaleurs, en termes d’endettement. » ajoute-t-il. Oracle , la plus problématique à ce jour, reste dans l’œil du cyclone.
Pas de bulle…
Et pour écarter encore plus les rumeurs de bulle sur les valeurs de l’intelligence artificielle, Laurent Denize émet un indice, une observation : « par le passé, dans l’année qui précède l’éclatement d’une bulle, les marchés connaissent des accélération violentes. A ce jour, nous sommes encore loin de ce scénario. »
En effet, lors de la bulle internet, de septembre 1999 à mars 2000, soit quelques mois avant son éclatement, la hausse du Nasdaq 100 s’est accélérée prenant une dimension ultra-spéculative. Après une hausse de 89 % durant l’année 1999, le Nasdaq 100 a encore grimpé de 20 % jusqu’au 10 mars 2000, le top du marché avant le début de l’éclatement de la bulle et de la dégringolade des cours…
Loin de ce scénario, les conditions monétaires financières accommodantes seront un autre support au marché actuel.
L’Asie du Sud-Est s’invite
Pour capturer la création de valeur des sociétés technologiques, l’Asie du Sud Est est aussi incontournable aux yeux des spécialistes de ODDO BHF. La décote des marchés émergents avec le marché américain est de 40 %. En considérant déjà un potentiel de rattrapage, les pays émergents, et donc particulièrement l’Asie du Sud-Est, devraient briller, bénéficiant aussi d’une main d’œuvre bon marché, et d’un accès à des matières premières. Exemple, la Corée du sud, que la frénésie de l’IA n’a pas encore touché malgré un indice qui inclut plusieurs valeurs technologiques, est un choix, ainsi que l’Inde avec la tech qui pèse 8 % dans l’indice et malgré une performance atone ces derniers trimestres. La Chine reste dans les petits papiers de ODDO BHF. « Nous étions devenus favorables au marché chinois il y a 18 mois et nous le restons. » Avec une maitrise de la chaine de valeur comme sur les terres rares, entre autres, et le bénéfice d’une fourniture d’électricité bon marché (aux centres de données), le marché chinois conserve du potentiel.
En Europe, il ne faut pas s’attendre à une forte croissance des bénéfices des entreprises du vieux continent. En 2025, la hausse s’est construite entre autres sur un accroissement des multiples. Et sur la base du PER actuel, on commence à être un peu cher sur les grandes valeurs, particulièrement exportatrices, selon le spécialiste de ODDO BHF. Avec une estimation d’une progression de 12 %, les anticipations des bénéfices des entreprises européennes par les analystes apparaissent ambitieuses aux yeux de Laurent Denize, « Chez Oddo BHF, nous nous situons en-dessous de ces attentes du marché, plutôt autour de 6 à 7 %. »
Les Petites, mieux que les Grandes
Cependant, les petites capitalisations européennes peuvent retrouver des couleurs. La croissance atone du secteur avait rendu très dubitatif les gérants sur le segment des small caps. Mais il y a un changement de décor et de dimension aujourd’hui. La progression bénéficiaire par action de ces small caps sera supérieure à celle des larges caps, avec des valorisations déprimées depuis de nombreuses années qui les rendent plus séduisantes encore.
Favoriser une exposition en Europe mais domestique fait sens, en incluant les valeurs financières. « J’estime que les financières européennes peuvent encore grimper, malgré leur progression record en 2025. Il n’est pas impossible que ce secteur ajoute encore 20 %, » spécifie Laurent Denize. Le rendement des capitaux propres a progressé sensiblement, avec des prêts à des taux plus élevés.
A noter encore que la demande d’électrification est un tremplin pour les services collectifs.
Avec la géopolitique en arrière-plan, le secteur de la défense du vieux continent devrait encore être plébiscité avec l’avantage de la nécessité absolue de l’Europe à prendre sa défense en main. « De notre point de vue les valorisations restent correctes. Cependant, une moitié des gérants nous contredit estimant le secteur, après la hausse de 2025, richement valorisé. Ce scepticisme conforte notre avis positif sur les valeurs de la défense… »
L’or, alternative aux devises…
En résumé, en termes d’allocation, ODDO BHF estime qu’il faut s’intéresser non seulement aux technologiques américaines, mais aussi à l’Asie du Sud Est, être plus domestique dans ses choix européens, rester attentif à l’évolution géopolitique avec comme exemple, la création de valeur en Argentine, la fonte de la prime de risque sur les obligations vénézuéliennes. Et conserver dans son esprit que les risques cités en 2025 n’ont pas disparu…
L’endettement peut devenir un problème avec la trajectoire de la dette. Si le rendement du 10 ans US devait dépasser les 4,5 %, voire approcher les 5 %, les obligations s’imposeraient en diversification avec des rendements qui concurrenceront les actions.
Enfin, l’or n’est surtout pas à oublier avec la dédollarisation en cours, un dollar faible et les risques géopolitiques. Et avec l’avantage de fournir une diversification. Tout comme les autres métaux précieux ou industriels, particulièrement le cuivre. Le pétrole pourrait étonner avec un rebond…


