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Un contexte favorable pour les marchés émergents
Calendar02 Feb 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Amundi

Par Frédéric Lejoint.


Patryk Drozdzik est enthousiaste sur les perspectives de l’Amérique latine.


Patryk Drozdzik est spécialisé dans l’étude des marchés émergents depuis 2010, et travaille en tant que stratégiste macroéconomique sur les marchés émergents pour l’ Amundi Investment Institute depuis 2020, avec une spécialisation sur l’Amérique latine. A ce titre, il conseille directement les gestionnaires de fonds sur cette région. Basé à Londres, nous avons récemment eu l’occasion de l’interviewer à l’occasion de son passage à Bruxelles.



Drozdzik patryk


Pas de récession


« Les perspectives pour l'économie mondiale et pour l'Amérique latine sont plutôt bonnes, malgré une incertitude géopolitique manifeste. La baisse des taux de la Fed a fait pression sur le dollar en 2025. En outre, la Réserve Fédérale devrait continuer cette détente durant les prochains mois, ce qui ce qui constitue un environnement plutôt propice pour 2026 avec un billet vert qui devrait rester sous pression ».


Patryk Drozdzik s’attend à un environnement qui va rester agité, comme l’ont encore montré les événements récents au Venezuela, mais avec une croissance mondiale qui devrait tourner autour de 3% en 2026. « C’est un léger ralentissement, mais nous sommes encore loin des niveaux récessifs, généralement admis sous la fourchette 2.5 %-3,0 % ». Si l’Europe, la Chine et l'Inde devraient ralentir, les États-Unis devraient afficher une croissance sensiblement équivalente à celle de l'année dernière (autour de 2%). « De son côté, l’Allemagne devrait réaliser une meilleure performance qu’en 2025 ».


Le Brésil va accélérer


Du côté de l’Amérique latine, il s’attend à une croissance un peu plus lente en provenance du Brésil, soit légèrement en dessous de 2% pour 2026. « Nous devrions toutefois avoir une accélération par rapport au ralentissement du deuxième semestre 2025, pour plusieurs raisons », notamment l’ajustement du salaire minimum et des pensions, la baisse des taux directeurs de la banque centrale brésilienne, et la réforme de l’impôt sur le revenu qui vient d’entrer en vigueur. « Cette réforme profitera aux ménages les plus modestes, avec un impact qui sera positif pour la consommation ».


Le Mexique devrait pour sa part enregistrer une croissance économique plus solide en 2026, plus particulièrement si un accord commercial est trouvé au niveau de l’USMCA (United States–Mexico–Canada Agreement). « L’absence d’accord sur ce front a paralysé l'économie en 2025 en gelant les investissements, en plus du resserrement budgétaire prévu. Nous pensons qu'une solution constructive sera trouvée pour cet accord commercial ».


Reflux de l’inflation


Au niveau de la hausse des prix, l’inflation américaine est restée au-dessus des objectifs de la Fed en 2025. . « Elle restera encore élevée durant l’année 2026, avant de se normaliser en 2027 ».


En Amérique latine, Patryk Drozdzik indique que la situation est plutôt favorable. « Au Pérou, l'inflation reste très modérée, et se situe dans la fourchette cible tant au Chili qu’au Mexique, ce qui limite leur marge de manœuvre pour de nouvelles baisses. Elle est nettement plus élevée que les objectifs en Colombie en raison des politiques populistes et électoralistes non conventionnelles mises en place par Gustavo Petro, comme l’augmentation récente de 23% du salaire minimum annoncée en décembre dernier ».


« Au Brésil, la banque centrale a dû relever ses taux d'intérêt en urgence l'an dernier, mais nous pensons qu’une croissance et une inflation plus modérées devraient permettre de lever ces hausses d’urgence dans le courant de l’année 2026 ».


Cruciales élections


Dans l’ensemble de l’Amérique Latine, Patryk Drozdzik reste sur un scénario d’inflation maîtrisée, avec une activité économique résiliente en 2026. « La région est bien placée car elle est une importante productrice de métaux recherchés dans la transition énergétique, elle est éloignée des principales zones de conflits, et bénéficiera de la réorganisation des chaînes d'approvisionnement, notamment si des accords commerciaux sont finalisés avec les Etats-Unis et/ou l’Europe ».


La principale incertitude concerne les résultats électoraux, qui doivent contribuer à la stabilité économique. « Ces derniers mois, les résultats ont été favorables aux entreprises, avec un basculement à droite au Chili, en Argentine, en Bolivie ou en Equateur. Cet environnement devrait se poursuivre durant les prochains mois, avec des élections importantes prévues au Pérou, en Colombie et surtout au Brésil au début octobre. Il est crucial que les administrations gèrent les finances publiques avec responsabilité et traitent les entreprises comme des partenaires.».


Stratégie d’investissement


« Après une performance remarquable pour les marchés financiers en 2025, nous sommes optimistes mais aussi prudents pour cette année, avec une volatilité qui restera provoquée par des facteurs géopolitiques. Dans ce contexte, nous pensons que l'or restera très demandé ». Patryk Drozdzik estime que les actions devraient continuer à bien se comporter dans un environnement non récessif marqué par des baisses des taux directeurs.


« Au niveau des marchés émergents, nous pensons qu’il est possible de diversifier les portefeuilles globaux vers les valeurs technologiques chinoises, les actions indiennes et brésiliennes. Nous apprécions également les obligations émergentes à haut rendement en devises fortes; et dans le même temps les émissions investment grade en devises locales de Colombie, du Brésil, du Mexique ou d’Europe de l’Est».