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Fonds de dette privée : quo vadis ?
Calendar11 Feb 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Shelter IM

Il y a quelques jours, le fonds de dette privée BlackRock TCP Capital Corp a annoncé une chute de près de 20 % de sa valeur nette d’inventaire. Ce fonds accorde des crédits à des entreprises de taille moyenne et petite, souvent en lien avec des opérations de private equity au sein du groupe.


Cette baisse résulte d’une combinaison de dépréciations sur des créances douteuses et d’un fonds fortement endetté, avec un effet de levier atteignant 2,3 (soit 2,3 fois plus financé par la dette que par les fonds propres), notamment via des crédits bancaires.


S’agit-il d’un nouveau « canari dans la mine » ? Après, par exemple, la faillite du fournisseur de pièces automobiles First Brands, où 2,3 milliards USD se sont évaporés depuis l’an dernier et où une enquête pour fraude est en cours ? Ou encore la faillite de Tricolor Auto Group en septembre, avec près de 10 milliards USD de dettes ? Et que penser du cas de PosiGen Solar, récemment en faillite, accusée d’avoir donné ses actifs en garantie à plusieurs reprises, laissant derrière elle un trou de 500 millions USD ?


Les données de MSCI Private Capital apportent un éclairage important : les dépréciations sur les prêts seniors accordés par les fonds de dette privée ont triplé depuis 2022. Pas moins de 13 % de leurs prêts affichent des pertes de 20 % ou plus.


Il n’est donc pas surprenant que les investisseurs retirent leurs capitaux de ces fonds. Fond Focus News rapporte des sorties de fonds atteignant 7 milliards USD aux États-Unis seulement, à la fin de 2025.


Depuis la crise financière de 2008, le crédit privé a fortement progressé aux États-Unis, mais aussi en Europe. Cette croissance est étroitement liée au durcissement des normes de Bâle (Bâle III, puis Bâle IV), qui imposent des exigences accrues en capital et en pondération des risques pour les crédits aux entreprises, ainsi que des règles de liquidité et des stress tests plus stricts.


Depuis lors, les banques se sont partiellement retirées du segment des prêts aux PME et du financement des opérations de type LBO. Un vide qui a été comblé avec empressement — et sous l’effet de politiques publiques délibérées — par les fonds de dette privée émergents, les fonds de « direct lending » et les départements crédit des sociétés de private equity.


Ce financement en dehors du système bancaire est souvent moins réglementé, avec des maturités plus longues, des spreads plus élevés et des solutions sur mesure. Mais moins de règles signifie aussi, bien souvent, une approche moins rigoureuse et davantage de risques.


Les premiers signaux de difficultés apparaissent : d’abord sur certaines plateformes de prêt au Royaume-Uni, et désormais également dans les fonds spécialisés en dette, surtout aux États-Unis.


La question centrale est celle d’un éventuel risque systémique pour le secteur financier. Des banques qui prêtent excessivement à des fonds de dette, lesquels accordent à leur tour des crédits problématiques : cela fait sonner une cloche.


Pour l’instant, cela semble encore limité, et les banques ne montrent pas de signaux alarmants. Cependant, un rapport britannique adressé à la House of Lords en janvier 2026 sur ce risque systémique affirme sans détour que, tout simplement, « on ne sait pas »…


Affaire à suivre.