Par Frédéric Lejoint.
R-co Valor a réduit son exposition sur le marché américain pour privilégier les marchés émergents, les valeurs minières, et les valeurs de qualité européennes.
Une nouvelle fois, R-co Valor a brillé de mille feux durant l’année écoulée, avec une progression de 16,2% qui a permis au fonds de renforcer son attrait auprès d’un nombre de plus en plus important d’investisseurs. Les encours dépassent désormais les 10 milliards d’euros avec une notation toujours à cinq étoiles chez Morningstar. Nous avons récemment eu l’occasion de rencontrer Henri Captier (co-gérant du fonds) afin qu’il nous détaille le positionnement actuel du fonds.

Quel est votre analyse de la situation actuelle sur les marchés financiers ?
Henri Captier : « Les niveaux de valorisation sont revenus sur des niveaux élevés et similaires à ceux de 2021, avec des marges d’erreur qui se sont fortement réduites durant l’année écoulée. L’indice MSCI World en dollars a progressé de presque 20% durant chacune des trois dernières années, soit une performance remarquable mais insoutenable. Si nous pensons que la hausse des marchés financiers mondiaux pourrait encore être positive durant l’année 2026, nous sommes devenus plus prudents et nous avons passé l’essentiel de 2024 et 2025 à augmenter la diversification de notre portefeuille d’un point de vue sectoriel et géographique ».
L’économie américaine reste le principal facteur d’incertitude à l’heure actuelle ?
H.C. : « D’un côté, il faut constater que l’économie américaine ne crée plus d’emplois, ce qui n’est généralement pas le signe d’une économie en grande forme. D’un autre côté, l’administration Trump a fait voter en 2025 sa Big Beautiful Bill, qui prévoit une relance budgétaire massive (investissement de 400 milliards de dollars par an) durant les prochaines années. De même, des mesures de soutien à la consommation pourraient également être prises, avec une croissance économique américaine qui devrait se maintenir autour de 2% en 2025. Enfin, nous attendons des baisses du taux directeur plus rapides suite aux pressions exercées sur la Réserve Fédérale, ce qui devrait soutenir les cours des actions à court terme. La Fed devra toutefois tenter de maintenir un équilibre délicat pour conserver sa crédibilité dans un environnement où l’inflation reste encore proche de 3% ».
Quel est l’impact de cette incertitude économique sur la composition du fonds ?
H.C. : « Au cours des 15 dernières années, notre poche actions a fortement diminué son exposition sur les actions américaines, de 75% vers 38% en raison des valorisations élevées aux Etats-Unis et d’attentes ambitieuses sur la croissance bénéficiaire (+13% pour 2026). Enfin, le maintien de déficits importants constitue un risque pour le dollar, qui pourrait continuer à s’affaiblir structurellement et peser sur les performances. Selon nous, une correction modérée des marchés actions est probable dans le courant de l’année, ce qui nous donnera des opportunités de déployer du capital ».
Quels sont les régions privilégiées pour rechercher cette diversification de la poche actions ?
H.C. : « Au niveau des marchés développés, nous avons progressivement relevé notre exposition sur les actions européennes, en privilégiant des leaders au niveau mondial (comme Airbus, Ferrari ou AstraZeneca) qui sont peu dépendants de la croissance domestique. Elles représentent désormais 19% de cette poche, soit plus que dans des grands indices internationaux. La valorisation des sociétés européennes présente une décote de 20 à 25% par rapport aux Etats-Unis en considérant des entreprises équivalentes, ce qui offre toujours un point d’entrée attractif sur les sociétés de grande qualité. Dans le même temps, le plan de relance voté en Allemagne (au moins 500 milliards d’euros) devrait constituer un autre facteur de soutien pour la croissance européenne à partir de 2026 ».
Et en dehors de l’Europe ?
H.C. : « La Chine reste une de nos convictions de long terme, qui se base sur une population de 500 millions de personnes disposant d’un niveau de vie comparable à un Européen moyen. Elle représente encore 20% de la poche actions, sur des thématiques comme la hausse des dépenses de consommation ( Alibaba , Xioami) ou la technologie (CATL, Tencent). Suite à la forte performance du marché durant les deux dernières années, la valorisation n’est toutefois plus aussi attractive et nous sommes donc devenus plus prudents à court terme sur ce marché. Nous avons principalement conservé nos positions historiques sur ce marché, et augmenté notre exposition directe sur la consommation chinoise ».
Les marchés émergents restent également une position forte dans le fonds ?
H.C. : « Nous avons construit une exposition d’environ 10% de la poche actions sur les marchés émergents qui vont bénéficier d’une croissance économique qui accélère par rapport aux pays développés. En outre, un dollar plus faible a été historiquement favorable pour ces marchés. Nous privilégions surtout le Brésil au vu de la valorisation attractive et du potentiel de redressement cyclique, ainsi que l’Asie du Sud-Est avec la plate-forme de livraisons Grab (Singapour) ».
Est-ce qu’il est encore temps de s’exposer sur la thématique de l’IA ?
H.C. : « Il faut se montrer désormais sélectif sur l’intelligence artificielle en raison des investissements gigantesques (500 milliards de dollars annoncés pour construire des centres de données) par rapport à une monétisation qui pourrait s’avérer incertaine. Dans ce domaine, nous pensons qu’il faut privilégier les sociétés qui seront capables de monétiser leurs investissements, comme Alphabet qui est actuellement la principale position de notre fonds. Nous identifions également des opportunités en Chine. Par contre, il faut se montrer très sélectif sur les autres grandes valeurs de la thématique.».
Quel est le secteur que vous appréciez actuellement ?
H.C. : « Malgré des innovations soutenues et significatives, la santé est un secteur dont les valorisations ont fortement reculé entre 2022 et 2025, et qui présente aujourd’hui de vraies opportunités pour les investisseurs. Nous avons relevé nos expositions depuis le second semestre de l’année dernière, notamment sur des noms comme AstraZeneca ou Thermo Fisher. A l’inverse, nous avons pris des profits sur les mines d’or suite à la forte hausse des métaux précieux en 2025, mais nous avons conservé une exposition aux mines de cuivre qui bénéficient d’un déséquilibre important entre une offre contrainte une demande en forte hausse dans le cadre de la transition énergétique ».
Le niveau de liquidité reste encore élevé dans le portefeuille…
H.C. : « Notre exposition sur les actions est retombées à 72% des encours, après avoir atteint un sommet à 80%après le « Liberation Day ». Nous voulons rester dynamique en cas de correction, et nous sommes toujours prêts à redéployer rapidement les moyens dont nous disposons. Je rappelle d’ailleurs que durant la correction du printemps 2025, nous avions été en mesure de déployer presque 1 milliard d’euros en 10 jours pour profiter des opportunités qui se présentaient sur le marché, ce qui a constitué une des bases de notre bonne performance en 2025 ».


