Par Frédéric Lejoint.
Dans un monde marqué par l’incertitude et les tensions géopolitiques, les solutions d’absolute return et de total return offrent une possibilité de se soustraire à la volatilité des marchés obligataires.
Jean-Marc Frelet (Gestionnaire du fonds DNCA Invest Credit Conviction) et Henriette Le Mintier (Gestionnaire du fonds LBPAM Absolute Return Credit SRI) étaient récemment de passage à Bruxelles pour une présentation de leurs stratégies obligataires qui visent à pouvoir traverser la volatilité sur les marchés tout en limitant le risque de perte maximale.

Points communs
Pour DNCA Invest Credit Conviction (ISIN : LU0284393930), Jean-Marc Frelet adopte une approche dite Total Return, qui vise à maximiser la performance en agissant sur les deux principaux risques d’une obligation. Il utilise principalement des produits dérivés pour se protéger contre le risque de crédit ou contre une hausse des taux. « Ces outils nous permettent d’éviter le risque d’une perte importante tout en ayant un portefeuille qui va correspondre aux convictions de l’équipe de gestion ».
Ce fonds se distingue par une exposition sur le marché du crédit dans son ensemble (y compris le haut rendement et les convertibles) et par une approche mondiale. Il est noté 4 étoiles chez Morningstar, avec une performance annualisée supérieure à 6% sur une période de trois ans. « Nous cherchons à capter le rendement là où il se trouve, sans être contraints par un indice, en ne conservant que nos convictions sur le crédit comme principal moteur de performance ».
De son côté, LBPAM Absolute Return Credit SRI (ISIN : FR0014004IP7) adopte également des marges de manœuvre importante sur les taux, avec une philosophie de performance absolue. « La stratégie est, selon nous, calibrée pour résister à la hausse des taux », indique Henriette Le Mintier. « L'idée principale est de pouvoir piloter indépendamment le risque de taux et le risque de crédit, dans le but de traverser les chocs tout en évitant la pleine baisse des indices obligataires, et en visant une performance régulière décorrélée des cycles ».

Le fonds conserve actuellement des liquidités à hauteur de 10% des encours afin de pouvoir saisir rapidement les opportunités de marché. Il gère étroitement sa volatilité (maximum 4%) avec une stratégie d’investissement mélangeant l’analyse macroéconomique et la sélection d’émissions individuelles. Le fonds est noté 5 étoiles chez Morningstar, basé sur une performance annualisée de 6,6% sur trois ans , accompagnée d’une volatilité limitée à 2,2%.
Tensions politiques
Les deux gestionnaires pointent l’impact important de l’environnement géopolitique et du conflit dans le Golfe Persique, avec un choc significatif sur les prix du pétrole et sur les attentes d’inflation. Si tant Henriette Le Mintier que Jean-Marc Frelet estiment que l’impact sur la croissance globale devrait rester limité, ce dernier souligne néanmoins que le risque d’un choc plus durable ne peut pas être totalement ignoré.
Si le baril s’installe durablement entre 120 et 150 dollars, les chaînes de production au niveau mondial pourraient être affectées et contraindre les banquiers centraux à adopter des politiques beaucoup plus strictes qu’attendues, avec une inflation européenne qui pourrait remonter entre 3 et 4% en plaçant la BCE dans une position délicate alors que la croissance reste encore particulièrement fragile. « Elle serait alors amenée à choisir entre son mandat de contrôle de l’inflation et le soutien à l’économie ».
Prudence
Henriette Le Mintier souligne que l’environnement actuel implique un positionnement relativement prudent au niveau du fonds LBPAM Absolute Return Credit SRI. « Nous avons augmenté notre sensibilité sur les taux à la suite de la hausse des taux obligataires. Le niveau actuel nous semble désormais plus attractif avec un potentiel de compression pour les prochains mois ». En revanche, elle se montre prudente sur le risque crédit où le différentiel face au taux sans risque lui semble être trop étroit.
Au niveau de l’exposition du portefeuille, elle indique privilégier l’exposition sur les plans de relance européenne. « Une de nos convictions fortes est le secteur bancaire en Pologne. Ces banques bénéficient d'une réglementation très stricte et profitent directement des plans de relance européens. C'est une manière de se positionner sur la dynamique de croissance de la région avec des différentiels de taux plus généreux que sur les banques d'Europe de l'Ouest. »
Meilleure qualité
Pour le fonds DNCA Invest Credit Conviction, Jean-Marc Frelet souligne avoir surtout modifié la qualité du portefeuille, en réduisant son exposition sur le crédit à haut rendement (tombée à 6% des encours) pour augmenter la proportion d’émissions Investment Grade. « Le rapport entre le rendement et le risque sur les émissions de moins bonne qualité n’est plus assez attractif par rapport à la sécurité offerte par les belles signatures. Nous avons également renforcé notre niveau de protection face à la volatilité accrue et l’incertitude sur le marché du crédit».
Au niveau des opportunités de croissance, il indique actuellement privilégier une poche sur le marché des obligations convertibles (jusqu’à 15% des actifs sous gestion) dans des secteurs comme la défense ou les loisirs. « Si les marchés boursiers rebondissent, nous participerons à la hausse ; et s’ils baissent, nous serons protégés par le coussin obligataire ».
Conclusion
Dans un environnement incertain et volatil, les stratégies de type Rendement Absolu (Absolute Return) ou Rendement Total (Total Return) restent des approches attractives pour générer de la performance tout en limitant l’impact de la hausse de la volatilité sur les marchés obligataires. Cette instabilité offre aujourd’hui des opportunités pour les stratégies actives sur le crédit, où les gestionnaires peuvent aller rechercher les incohérences de valorisation pour générer de la performance.


