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Allianz GI mise sur la diversification, l’ancrage local et les marchés privés pour soutenir sa croissance
Calendar24 Apr 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: AllianzGI

Par Francis Muyshondt

Du développement soutenu des marchés privés à des stratégiesà faible tracking error , en passant par une approche résolument locale, Allianz Global Investors adapte son positionnement sans renier ses fondamentaux.

« Nous ne suivons pas les tendances aveuglément. L’objectif reste de créer de la valeur pour le client », explique Amine Benghabrit, Directeur Général d’ Allianz GI France et responsable de la distribution pour la France et le Benelux. Dans un entretien accordé à Fininfo, le dirigeant aborde sans détour les sujets sensibles du secteur.

Amine benghabrit
Amine Benghabrit

Un acteur intégré dans un groupe solide

Avec environ 590 milliards d’euros d’actifs sous gestion, Allianz Global Investors figure parmi les principaux gestionnaires d’actifs en Europe. Le groupe fait partie du géant allemand de l’assurance Allianz , structuré autour de trois piliers : assurance dommages, assurance vie et gestion d’actifs. Au sein de cette dernière activité, Allianz GI occupe une place centrale aux côtés du spécialiste obligataire PIMCO.

Les actifs d’ Allianz GI sont répartis entre plusieurs classes : environ 170 milliards d’euros en obligations, un volume comparable en stratégies multi-actifs, près de 150 milliards en actions et près de 100 milliards en marchés privés, segment le plus récent mais aussi le plus dynamique. Cette diversification n’est pas le fruit du hasard, mais un choix stratégique assumé. « La diversification fait partie de notre ADN. Elle nous permet de mieux traverser les cycles de marché et d’absorber les chocs », souligne Benghabrit.

Une diversification également côté clientèle

La base clients est elle aussi diversifiée : 70% des actifs provient de la clientèle institutionnelle (groupe Allianz , fonds de pension, assureurs) et 30% d’investisseurs wholesale et retail. Cette double diversification — produits et clients — renforce la résilience du modèle. « Lorsque certains segments sont sous pression, d’autres offrent des opportunités. Cela permet non seulement de répartir les risques, mais aussi de capter la croissance là où elle se présente. » La taille du groupe constitue également un avantage compétitif : elle permet d’investir dans la recherche, la technologie et de supporter les coûts réglementaires croissants.

« Dans un environnement de pression sur les marges, la taille n’est plus un luxe, mais une nécessité. » Allianz GI veille toutefois à préserver sa flexibilité : « Il est essentiel de rester agile. Nous combinons notre envergure avec des équipes spécialisées et des styles d’investissement variés. »

L’importance des équipes locales

Malgré sa dimension globale, Allianz GI accorde une grande importance à son ancrage local. Benghabrit travaille étroitement avec ses équipes à Paris, Bruxelles et Rotterdam. « Les besoins d’un assureur belge diffèrent de ceux d’un fonds de pension néerlandais. Cela se traduit par des portefeuilles et des solutions distinctes. »

La structure des marchés joue un rôle clé :

Les Pays-Bas sont dominés par les fonds de pension
La Belgique par les assureurs et les clients privés
Les équipes locales assurent le lien entre clients et organisation globale :

« Elles sont au contact direct du marché et détectent les évolutions en matière de demande et de réglementation. Ces insights sont ensuite traduits en solutions concrètes. » Tous les produits ne sont pas pertinents dans tous les marchés. Par exemple, la demande pour des investissements durables et à impact est particulièrement forte aux Pays-Bas.

« Nous y rencontrons un grand succès avec des stratégies de crédits privés visant à générer à la fois un rendement financier et un impact mesurable. »

Un renouveau de la gestion active

L’essor de la gestion passive a profondément transformé le secteur. Contrairement à certains acteurs, Allianz GI ne s’en détourne pas mais repense la gestion active. « La gestion active ne doit pas nécessairement avoir des tracking errors élevées pour créer de la valeur. »

Cela se traduit par des stratégies à faible tracking error, proches des indices mais activement gérées, intégrant des approches systématiques et multifactorielles — un domaine dans lequel Allianz GI possède une expertise depuis les années 1990.

« L’objectif est de capter de manière disciplinée des primes de risque, via des facteurs comme la valeur, le momentum ou la qualité. »

Cette approche hybride répond aux attentes des investisseurs :

maîtrise des coûts et transparence (comme en gestion passive)
potentiel de surperformance (gestion active)
« Nous annoncerons prochainement le lancement de nos premiers ETF actifs en Europe. » Pour Allianz GI, le débat actif vs passif est dépassé :

« Il ne s’agit pas d’opposer les deux approches, mais de proposer la solution adaptée à chaque client. »

Les marchés privés comme moteur de croissance

Les marchés privés ont été le principal moteur de croissance ces dernières années. Depuis 2012, Allianz GI y a construit une plateforme de près de 100 milliards d’euros. « L’environnement de taux bas a poussé les investisseurs vers des alternatives. L’infrastructure a été le point de départ, car elle correspond parfaitement aux besoins de nos clients. » Ces investissements à long terme permettent :

d’aligner actifs et passifs (notamment pour les assureurs)
d’offrir un rendement supérieur

L’offre s’est ensuite élargie au private debt, à l’infra equityet au private equity, principalement via des fonds.

« Le développement s’est fait progressivement, en fonction de la demande. » La focalisation sur l’Europe limite l’exposition aux tensions du marché américain. « Le contexte actuel exige plus de sélectivité. Les taux plus élevés pèsent sur les valorisations, notamment en private equity, mais créent aussi des opportunités pour les investisseurs de long terme. »

Des investisseurs plus résilients

Malgré un environnement volatil, les investisseurs restent relativement calmes. « Nous ne constatons pas de réactions de panique. » Les investisseurs institutionnels conservent une vision long terme, tandis que les investisseurs particuliers gagnent en maturité, même s’ils restent plus sensibles à l’actualité. « Notre rôle est d’aider les clients à distinguer le bruit des tendances fondamentales. » Les risques (géopolitiques, dette publique) restent présents mais sont intégrés dans une analyse globale.

« Les investisseurs privés devront assumer une responsabilité croissante dans la gestion de leur avenir financier, dans un contexte de pression accrue sur les finances publiques. »

Un secteur en mutation

La gestion d’actifs est devenue une industrie fortement régulée et structurée. « Ce qui était autrefois une activité plus entrepreneuriale est aujourd’hui beaucoup plus industrialisé. »

Les tendances à venir :

croissance des marchés privés
développement des solutions hybrides actif/passif
pression accrue sur les coûts et la transparence

Mais l’essentiel demeure inchangé : « Le cœur du métier reste la création de valeur pour les clients. »

Et l’intelligence artificielle ?

« L’IA prend de l’importance, mais ne transforme pas fondamentalement notre métier. » Allianz GI utilise déjà le machine learning dans certaines stratégies, notamment systématiques. « La technologie est essentielle, mais l’interprétation humaine reste clé. Les données seules n’ont pas de valeur. »