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« Des points d’entrée intéressants sur la tech US »
Calendar12 Jun 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Pictet

Par Frédéric Lejoint


Alors que la BCE s’apprête à relever son taux directeur, Christopher Dembik estime qu’il faut plus que jamais rester sur les actions américaines. Et diversifier avec des obligations émergentes en devises locales.


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Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, était récemment de passage à Bruxelles pour une présentation de ses perspectives économiques et financières à l’entame d’un second semestre 20265 qui s’annonce encore nerveux, avec des positionnements très contrastés entre les marchés boursiers qui ont régulièrement continué à battre des records et des marchés obligataires qui semblent craindre le retour de l’inflation.


El Nino


A cette occasion, il a tenu à mettre en avant le retour probable d’El Niño, le phénomène météorologique caractérisé par des températures de surface de l’Océan Pacifique dépassant de plus de 2°C les normales saisonnières. « Son intensité actuelle pourrait être un des plus grands défis pour l’année en cours, avec un impact significatif sur les rendements agricoles qui pourrait se manifester d’ici six à douze mois ».


Dans le même temps, la guerre en Iran est en train de provoquer une hausse des prix pour les fertilisants agricoles, dont un tiers du trafic mondial passe par le détroit d’Ormuz. « Les prix ont atteint des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2022. Ces deux chocs distincts sur le cycle agricole pour 2027 est en train d’entraîner des perturbations importantes », notamment sur les prix des denrées de première nécessité. Si l’impact sur les pays développés devrait rester modeste, les banques centrales émergentes pourraient être amenées à devenir plus restrictives vu le poids des produits alimentaires dans leur inflation.


Geopolitique


Pour ce qui est la guerre en Iran, Christopher Dembik estime que l’impact inflationniste restera largement temporaire, avec des voies d’approvisionnement alternative pour le pétrole qui sont en train de se mettre en place. « Nous ne faisons pas partie des plus pessimistes concernant l’évolution du marché pétrolier, car la flexibilité de l'offre globale limite la probabilité d’une dérive stagflationniste durable ».


Dans ce contexte, il s’attend à une croissance mondiale qui va ralentir, mais sans récession. L’inflation devrait atteindre un pic durant l’été 2026, mais pourrait avoir des impacts sur les politiques monétaires. « Les banques centrales occidentales sont dans une position d'arbitrage délicate, prises entre le besoin de soutenir l’activité et l’obligation de juguler les tensions sur les prix ».


Pour la Banque Centrale Européenne, il table désormais sur deux hausses de taux de 0,25% d’ici la fin de l’année en dépit d’une croissance économique qui reste molle, voire même dans une situation de récession dans certains pays (France). « Le risque de stagflation est plus important en Europe ». Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale dispose d’une marge de manœuvre plus importante grâce à la vigueur des investissements dans l’architecture IA (centres de données, etc), « avec potentiellement un seul relèvement à attendre en juillet pour donner un signal de vigilance sans asphyxier les acteurs économiques ».


Avantage technologique


Christopher Dembik reste optimiste pour les perspectives des actions technologiques américaines, dans un contexte où les liquidités continuent d’affluer vers les marchés financiers. « L’intelligence artificielle reste un facteur de croissance séculaire pour les bénéfices des entreprises », avec des investissements massifs dont l’impact devrait commencer à être perçu dans les données économiques ».


Il souligne également que la forte progression des bénéfices a permis à la valorisation du secteur technologique de rester raisonnable, « et nous avons même des points d’entrée qui sont assez intéressants ». Il estime toutefois qu’il faut être actuellement un peu plus prudent sur les semi-conducteurs, qui pourraient subir des prises de bénéfice à court terme.


Enfin, l’IPO de Space X risque de drainer les liquidités d’autres parties du marché et entraîner davantage de volatilité à court terme. « Les institutionnels vont vendre d'autres actions pour participer à l'opération », avec pour conséquence une performance de l’indice S&P500 qui est souvent médiocre suite à de telles opérations. Et comme Anthopic et OpenAI sont également appelées à faire leur entrée en bourse durant les prochains mois…


Au niveau européen, Christopher Dembik reste relativement pessimiste. « L’Europe reste dans une dynamique de décrochage, accentuée par son retard quant à l’adoption et l’utilisation de l'intelligence artificielle générative. Et la politique de la BCE va également avoir un impact très négatif sur les conditions de refinancement et sur la croissance au sein de la zone euro ». La Chine est également une région sur laquelle il est délicat de se positionner, avec un secteur technologique qui est historiquement sous-valorisé par rapport au Japon ou à la Corée du Sud. « Ce n’est donc pas nécessairement le signe d’un bon point d’entrée ».


Dette émergente


L’autre grosse conviction de Christopher Dembik pour diversifier son portefeuille est la dette émergente en devise locale, qui offre une bonne décorrélation par rapport au secteur technologique américain. « Les devises émergentes restent structurellement sous-évaluées face au dollar. Avec une dette publique qui est désormais davantage détenue par les investisseurs domestiques et des banques centrales plus rigoureuses, cette classe d’actifs s’est montrée moins volatile et plus résiliente que les dettes souveraines des pays développés face aux crises géopolitiques. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme sur cette classe d’actifs ».