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« Un mois de juin en deux temps »
Calendar05 Jun 2026
Thème: Investir

Par Frédéric Lejoint.


Les résultats des entreprises américaines ont balayé les doutes des investisseurs durant le mois écoulé, mais l’actualité des banques centrales pourrait être moins favorable au début juin.


David Kruk (Responsable du trading desk chez La Financière de l’Échiquier) et Pierre Puybasset (Porte-parole de la gestion chez La Financière de l’Échiquier) ont récemment animé une édition bruxelloise de leur célèbre webinaire « Au Cœur Des Marchés ». Comme d’habitude, ils en ont profité pour décortiquer l’actualité du mois écoulé, et mis en évidence les raisons pour lesquelles les bourses devraient continuer à bien se comporter durant les prochaines semaines en dépit des signaux négatifs en provenance du marché obligataire.


David kruk en pierre puybasset

Divergence


Pour David Kruk , l’année 2026 reste très paradoxale, avec des bourses qui continuent de battre des records, en particulier aux Etats-Unis, en dépit de l’accumulation des nouvelles géopolitiques négatives et de l’absence d’un accord entre l’Iran et les Etats-Unis pour rouvrir le détroit d’Ormuz. « Les investisseurs boursiers continuent de privilégier un scénario de sortie de crise rapide au Moyen-Orient », qui permettrait de voir le prix du baril retomber vers les 80 dollars.


Au niveau macroéconomique, il constate également que la divergence entre l’Europe et les Etats-Unis a continué de se creuser durant les dernières semaines. « L’Europe subit de plein fouet le choc pétrolier tandis que les Etats-Unis bénéficient de cette hausse en raison de leur statut d’exportateurs net d’or noir. Alors que les indices de surprise économique de Citibank étaient relativement proches avant le début de la guerre, la fracture est désormais béante entre les deux blocs ».


Erreur de pilotage


La solidité économique américaine risque toutefois d’être confrontée prochainement au retour de l’inflation, qui est redevenu le principal sujet d’inquiétude des gestionnaires de fonds durant le mois écoulé. « Selon le Fund Manager Survey de Merrill Lynch, la hausse des prix a supplanté les incertitudes géopolitiques, et provoqué une forte hausse des tensions sur le marché obligataire avec un taux à 30 ans qui a dépassé 5% ».


Dans ce contexte, les attentes pour les politiques monétaires se sont rapidement inversées, avec le risque de voir les grands argentiers augmenter le loyer de l’argent d’ici la fin de l’année. « Ce changement augmente également le risque de voir la BCE commettre une erreur de politique monétaire, en augmentant sensiblement son taux directeur (trois hausses de taux désormais attendues en 2026) alors que la croissance est anémique ».


Résultats exceptionnels


L’optimisme des marchés boursiers face au pessimisme des marchés obligataires s’explique par une saison des résultats trimestriels qui a défié la gravité. « Le marché américain a réalisé son sixième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres de ses bénéfices, avec 80% des sociétés ayant annoncé des résultats supérieurs aux attentes contre une moyenne historique de 74% », notamment en raison de l’explosion des attentes dans la technologie et plus particulièrement dans les semi-conducteurs et les mémoires. « Sandisk cotait à 33 dollars il y a un an. Aujourd'hui, le bénéfice trimestriel est ressorti à 31 dollars par action, et le titre a atteint 1800 dollars ».


Face à cette explosion des attentes bénéficiaires, la plupart des grands courtiers américains ont relevé leurs attentes pour l’indice S&P500 pour la fin de l’année vers une fourchette comprise entre 7600 et 8000 points, avec une valorisation qui reste stable autour de 21 fois le bénéfice attendu pour l’année en cours. « La hausse des cours est saine selon nous et portée par les résultats réels, et non par une spéculation fortuite ».


Au niveau de l’inflation, ils restent sereins en estimant que l’IA est déflationniste car elle limite les risques d’une hausse des salaires, accroît la productivité et incite les entreprises à retarder leurs embauches. « A court terme, il faut toutefois rester prudent sur le secteur de la consommation toujours sous pression, même si la croissance économique reste soutenue grâce aux investissements vers les centres de données ». Enfin, David Kruk pointe également des facteurs techniques comme un niveau d’optimiste très élevé, avec un niveau de cash très faible dans les portefeuilles. « Le marché est suracheté à l’heure actuelle, ce qui appelle à une certaine vigilance tactique ».


Flux spatial


Parmi les fonds de La Financière de l'Échiquier, Pierre Puybasset souligne l’engouement des investisseurs vers des thématiques spécialisées, et notamment sur le fonds investissant sur le secteur spatial (Echiquier Space) dont les encours ont augmenté durant les derniers mois pour dépasser désormais les 600 millions d’euros. « Ce fond bénéficie de l’engouement au niveau des lancements liés au déploiement des constellations de satellites, et de l’introduction prochaine en bourse de SpaceX ».


Il souligne également le retour en forme d’une stratégie investissant sur les petites et moyennes capitalisations européennes (Echiquier Agenor Mid Cap Europe), en net rebond depuis le début 2026. « Cette stratégie bénéficie aujourd’hui de valorisations qui restent attractives avec des résultats qui ont été résilients. Ces entreprises mettent en place des programmes de rachats d’actions, tandis que nous assistons à une reprise des fusions -acquisitions dans ce segment du marché ».


Optimisme prudent


Pour David Kruk , le mois de juin devrait s’inscrire dans le prolongement du mois de mai, avec des indices boursiers américains qui devraient encore trouver le moyen de progresser de 2 à 3%. Il s’attend toutefois à une consolidation technique au début du mois, en vue de digérer des discours en provenant des banques centrales qui pourraient remettre en avant le besoin de contrôle l’inflation, et également de digérer l’IPO de SpaceX susceptible de drainer les liquidités disponibles pour le reste du marché.


La seconde partie du mois devrait en revanche être plus favorable pour les marchés boursiers, avec notamment l’approche de la période des résultats pour le deuxième trimestre. « En outre, une résolution diplomatique du conflit pourrait permettre une reprise des marchés, notamment en Europe. S’il veut conserver sa majorité à la Chambre des Représentants, Donald Trump doit éviter de pénaliser les consommateurs en maintenant le prix du pétrole sur des niveaux aussi prohibitifs ».