Par Frédéric Lejoint
Les baisses de taux seront de retour à partir de 2027, et vont entretenir une dynamique positive sur les marchés financiers.
Guy Stear occupe le poste de Directeur de la stratégie sur les marchés développés au sein de l' Amundi Investment Institute. A ce titre, il supervise la stratégie d’investissement du principal gestionnaire d’actifs au niveau européen, et élabore des recommandations pour les gérants de portefeuille et les clients du groupe.
Quelles sont vos attentes pour l’activité économique ?
Guy Stear : « Nous prévoyons une croissance de 2 % aux États-Unis pour 2026 et 2027, et autour de 1% pour l'Europe en 2027. Le principal moteur économique aux Etats-Unis est la vigueur des dépenses d’investissements, qui vont continuer à augmenter de 10% en rythme annuel et grimper de 14 vers 17% du PIB durant les quatre prochaines années. En Europe, nous observons également un tel changement, avec un moteur économique qui se déplace vers les investissements des entreprises au détriment des dépenses de consommation. Et dans le même temps, le plan budgétaire allemand est lent à se mettre en place, ce qui est un peu normal car les prévisions du gouvernement allemand étaient trop optimistes ».
Ce changement structurel de la croissance a-t-il un impact sur l'inflation ?
G.S. : « La croissance de la consommation en Europe a été divisée par quatre entre le premier semestre 2022 et le premier semestre 2026. Cela signifie que la transmission des prix des producteurs vers les prix à la consommation va se faire beaucoup plus lentement. Les investisseurs ont déjà pris ça en compte, et on constate une baisse des anticipations de l’inflation du marché, vers 2% en Europe et aux Etats-Unis dans les deux ans à venir. ».
Que faut-il penser de la récente hausse du taux directeur de la BCE ?
G.S. : « Elle peut se comprendre, car elle ne voulait pas reproduire l’erreur commise en 2022, et se retrouver face à une inflation incontrôlable qui a nécessité un fort serrement de vis en 2023. Selon nous, la BCE va toutefois rapidement faire marche en arrière en 2027 car la croissance sera suffisamment faible pour faire retomber l’inflation sous la cible de 2%, avec des baisses du taux directeur qui pourraient intervenir dès 2027 ».
Et de l’arrivée de Kevin Warsh à la Fed ?
G.S. : « Sa position est probablement un peu plus difficile, mais nous sommes également d’avis que le prochain mouvement restera baissier, plus probablement en 2027 plutôt qu’en 2026. La création d’emplois actuelle n’est pas suffisamment robuste que pour soutenir un scénario de hausse immédiate des taux aux Etats-Unis ».
Quel positionnement découle de ce scénario ?
G.S. : « Le nombre de hausse des taux en Europe importe relativement moins que la détente attendue à partir de 2027. Ceci rend les obligations souveraines à trois ans assez intéressantes, en particulier celles de la périphérie (Espagne, Italie) vu que l’écart avec les taux allemands devrait continuer de se réduire au vu des évolutions des déficits budgétaires contrastées. Nous tablons sur un potentiel de contraction de 0,15% durant les 12 mois à venir. Pour les obligations américaines, nous sommes plutôt neutres à l’heure actuelle. Si les taux remontent vers 4,80%, nous pourrions trouver un point d’entrée sur le 10 ans. Nous apprécions également le marché britannique qui offre des rendements nominaux attractifs, accompagnés d’une politique fiscale et monétaire plus stricte ».
Et pour la dette d’entreprise ?
G.S. : « Nous sommes surpondérés sur le segment de la dette de qualité Investment Grade. Il ne faut pas s’attendre à une compression des taux et des gains en capitaux importants, mais le niveau des taux nominaux devrait permettre une surperformance par rapport aux emprunts souverains. Dans cette classe d’actifs, nous maintenons une légère préférence pour l’Europe car les notations de crédit sont globalement un peu meilleures et la composition sectorielle intègre davantage de valeurs bancaires. Or, les banques émettent moins actuellement, ce qui offre un avantage technique en termes d'offre ».
Sur les actions, comment gérez vous le risque de concentration ?
G.S. : « A court terme, il faut continuer d’accompagner la tendance de l’IA au travers de la hausse des besoins en infrastructure digitale. Les services de communication devraient en bénéficier et ils affichent généralement des valorisations plus attractives et des rendements supérieurs. Le secteur des services aux collectivités va également bénéficier de la hausse de la demande en énergie en provenance des centres de données. Et enfin, le secteur financier restera au cœur de la problématique de financement de ces investissements. A l’inverse, nous pensons qu’il faut rester à l’écart des valeurs de la consommation de base qui risquent de souffrir dans l’environnement actuel ».
Faut-il chercher ces opportunités de diversification en dehors des États-Unis ?
G.S. : « Certains marchés émergents sont également exposés sur cette tendance vers l’IA (Corée, Taïwan), de même que les pays producteurs de matières premières (Afrique du Sud, Australie, Amérique latine). A ce titre, nous sommes d’ailleurs surpondérés sur les marchés émergents tant pour les actions que pour la dette, avec un cycle de surperformance par rapport aux marchés développés qui pourrait durer encore quelques années. A plus long terme, il faut également intégrer une diversification vers l'Europe et le Japon car nous pensons que les opportunités vont se situer dans la manière dont l’intelligence artificielle va se déployer dans le monde physique, par exemple dans le domaine des drones dont l’utilisation va se généraliser dans plusieurs secteurs économiques. Dans ce domaine, L’Europe et le Japon devraient être en mesure de mener cette tendance grâce à leur système d’éducation qui forment d’excellents ingénieurs mécaniques ».


