Par Frédéric Lejoint.
Les investissements dans la technologie reste le moteur de la croissance économique américaine, et l’impact des IA commence à se propager sur d’autres secteurs économiques.
Laurent Denize (Co directeur des investissements ODDO BHF GROUP a récemment tenu un webinar pour détailler ses attentes économiques. Il en a également profité pour faire un point plus approfondi sur le marché américain, au vu notamment de la croissance exceptionnellement forte sur certains segments du secteur technologique depuis le début de l’année.

Scénario résilient
En dépit du conflit en Iran et des tensions géopolitiques, il souligne que le scénario économique optimiste du début 2025 reste globalement sur les rails, caractérisé par « une croissance robuste et accompagnée par des résultats d'entreprises en forte progression ». Laurent Denize pointe toutefois que la hausse des prix de l’énergie (et son impact au niveau de l’inflation) a des conséquences sur le niveau de croissance attendu au niveau mondial pour 2026, qui a été révisé de 3,3% vers 3,1%.
Pour autant, cet impact négatif ne touche pour le moment pas les Etats-Unis, où les perspectives de croissance restent stables depuis le début de l’année. D’un côté, il constate l’impact de la hausse des prix et la perte de pouvoir d’achat pour les tranches les plus défavorisées de la population américaine. « Pour le moment, cette fragilité est compensée par les investissements massifs dans la technologie, qui permettent à la croissance de rester stable ».
Laurent Denize estime toutefois qu’il faudra particulièrement rester vigilant si les taux d’intérêt continuent de grimper, en raison de leur impact sur le marché immobilier. « La hausse des taux à 30 ans au-delà de 5,5% pourrait menacer l’effet de richesse aux Etats-Unis, et faire entrer le marché américain dans une configuration moins favorable pour les investisseurs ».
Résultats explosifs
Dans le même temps, il ne peut que constater que la saison des résultats pour le premier trimestre 2026 a dépassé toutes les attentes, avec des chiffres « stratosphériques » et largement supérieurs aux attentes du marché pour plusieurs ténors du secteur technologique américain. « Le marché s’attendait à une progression de 12% pour les résultats du S&P500, et nous avons obtenu 16%. Et plus spécifiquement sur la technologie, nous sommes entrés sur une dimension de surcroissance que nous n’avons jamais vécue ». Cette phase exceptionnelle perturbe d’ailleurs les modèles d’analyse traditionnelle, qui partent d’un principe de progression beaucoup plus linéaire des résultats.
Pour les résultats récents de NVidia*, Laurent Denize que la trajectoire du groupe reste solide. « La réaction mitigée du marché indique que le marché intègre déjà un scénario d’excellence d’une société qui a pris l’habitude de battre régulièrement le consensus ». Il reste donc largement confiant sur les perspectives de croissance et sa capacité à maintenir ses marges sur des niveaux élevés en dépit de quelques tensions logistiques à court terme. « Si le conflit avec l’Iran se termine rapidement, NVidia* reste sur une trajectoire incroyable ».
(*) Ceci n’est pas une recommandation d’investissement.
La hausse de ces derniers mois a été particulièrement différenciée entre les performances explosives pour les producteurs de mémoires et de semi-conducteurs et les éditeurs de logiciels qui ont subi des reculs de 30% à 50%. « Le marché craint que leur modèle soit remis en cause par l’arrivée des IA. Et si les investisseurs ont des doutes quant à la valeur d’une société dans 10 ans, ils vendent ». Laurent Denize précise que des acteurs majeurs comme Microsoft sont en train de réagir, mais qu’il faudra être particulièrement prudent et éviter les acteurs les plus vulnérables durant les prochaines années. Il déconseille donc de s’exposer sur la technologie américaine au travers d’un ETF, qui détient souvent entre 30 et 40% de sociétés de logiciels.
Positionnement
La forte performance des résultats aux Etats-Unis explique également la différence d’interprétation de la situation actuelle entre des marchés obligataires qui craignent la hausse de l’inflation et des taux, et des marchés boursiers qui continuent de monter et de battre des records. « Cette dynamique est également alimentée par les investisseurs particuliers, qui profitent de chaque correction pour racheter, et qui gagnent de l’argent depuis dix ans en partant du principe que rien ne peut arrêter le marché ».
A l’heure actuelle, Laurent Denize estime toutefois qu’il faut rendre son portefeuille plus résilient et diversifier son exposition au-delà de la technologie pour éviter de subir des pertes significatives sur certains acteurs. « Tout l’écosystème autour de l’IA est aujourd’hui digne d’intérêt, notamment les acteurs exposés sur l’électrification qui bénéficient de la hausse de la demande en provenance des centres de données ». Il pointe également les segments qui vont bénéficier de l’arrivée des IA pour réduire leurs coûts, comme les banques ou les compagnies d’assurance. « De même, les IA sont en train de se propager très rapidement dans un secteur comme les soins de santé ».
Enfin, il estime qu’il faut également regarder au-delà du marché américain pour diversifier son portefeuille, notamment vers les marchés émergents, et plus particulièrement vers les actions chinoises. « Les autorités chinoises ont annoncé des subventions massives pour des industries de haute technologie (nucléaire, quantique, etc.). Dans la robotique, j’estime que la Chine a aujourd’hui dépassé les Etats-Unis ». Et dans le même temps, le marché chinois est resté en retrait depuis le début de l’année, et offre désormais des niveaux de valorisation attractifs.


