Par Frédéric Lejoint.
Pour faire face à la concentration extrême du marché boursier américain, Barry Glavin recommande de diversifier le portefeuille vers d’autres secteurs et zones géographiques.
La performance des dernières a été largement dominée par la thématique de l’intelligence artificielle, qui a attiré l’essentiel des flux financiers sur un nombre extrêmement réduit de sociétés technologiques. Selon Barry Glavin, responsable de la plateforme actions chez Amundi , cette concentration exceptionnellement élevée des marchés boursiers est inquiétante, au vu notamment des incertitudes quant à la rentabilité de ces investissements gigantesques au cours des prochaines années.
« C’est un risque majeur qui risque de se matérialiser, plus spécifiquement pour les entreprises qui fournissent des équipements aux centres de données ». Cette activité est actuellement dominée par un petit nombre de sociétés extrêmement rentables et disposant d’importantes parts de marché et d’un pouvoir considérable pour fixer les prix. « Historiquement, ce niveau de surprofit a toujours entraîné l’apparition de concurrents qui vont faire pression sur les prix, à l’image des géants du cloud qui sont actuellement en train de développer des alternatives moins coûteuses en développant leurs propres processeurs ».

Introductions en bourse
Il met ainsi en avant le risque d’une mauvaise allocation des capitaux, à l’image de ce qui s’était passé durant les années 90, en citant notamment les chiffres récemment fournis par la directrice financière d’OpenAI. « Un investissement de 50 milliards de dollars pour mettre en place un gigawatt de puissance de calcul ne générerait qu'environ 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an. Une fois l'amortissement déduit, et après avoir payé l'énergie et les frais de financement, le retour sur investissement s'avère très décevant. Il est donc nécessaire que quelque chose change dans cette chaîne de valeur, où l'on trouve des fournisseurs de capitaux qui, pour l'instant, semblent imperméables à la rentabilité ».
Dans le même ordre d’idées, il se montre également dubitatif quant aux grandes introductions en bourse qui s’annoncent pour les prochains mois, et notamment pour SpaceX dont l’offre a été sursouscrite quatre fois à un cours valorisant le groupe spatial à 90 fois son chiffre d’affaires. « Aucun investisseur n'a jamais gagné sa vie durablement en réinvestissant à de tels niveaux, et il faut se poser la question des raisons qui poussent aujourd’hui un groupe comme SpaceX à venir se financer sur le marché boursier alors qu’il s’était jusqu’ici contenté de faire appel aux financements privés ».
Endettement
« Les résultats du premier trimestre pour les actions américaines ont été nettement meilleurs que les attentes du marché, et ce constat s’applique également aux sociétés européennes. Cette performance cache toutefois des vulnérabilités structurelles aux Etats-Unis », estime Barry Glavin. La principale fragilité est liée à une situation budgétaire incontrôlée (ratio dette/PIB historiquement élevé, déficit budgétaire important), avec des coûts de financement appelés à exploser durant les prochaines années. « Ce problème finira par affecter l’équilibre général ».
Face à ces risques qui pèseront tôt ou tard sur les perspectives boursières américaines, il estime qu’il faut dès aujourd’hui adopter une vision de long terme et repositionner les portefeuilles. « Il faut faire preuve de discipline, surtout dans l’environnement actuel. En dehors de quelques valeurs, les marchés ne sont pas surévalués à l’heure actuelle. Même aux États-Unis, il est possible de trouver des opportunités valorisées de manière attractive ».
IA adopters
« Nous avons consciemment fait le choix d'être sous-pondérés sur des segments de marché irrationnels ». Barry Glavin souligne qu’il faut faire preuve de discipline et s'appuyer sur des critères stricts basés sur la compréhension des modèles économiques, la solidité des bilans et des indicateurs de valorisation raisonnable ; et privilégier les entreprises qui vont bénéficier de l’utilisation de l’IA pour générer des économies de coûts, une accélération de leur croissance ou des gains d’efficacité. « Ces acteurs vont bénéficier de l’IA, mais son impact sur la croissance ou la rentabilité n’a pas encore été intégré dans leur cours ».
Cette diversification privilégie actuellement les services financiers, notamment en Europe où les valorisations sont attractives et soutenues par la maîtrise des coûts. « Nous apprécions également les perspectives du secteur de la santé, dont les valorisations sont aujourd’hui très attractives alors que ces entreprises devraient figurer parmi les principales bénéficiaires de l’IA, en accélérant par exemple le processus de découverte et d’approbation de nouveaux traitements ou en proposant des solutions thérapeutiques personnalisées ». Le secteur industriel offre également des opportunités via les entreprises exposées à l'électrification et à l'indépendance énergétique.
Hors des USA
Barry Glavin estime qu’il faut regarder en dehors du marché américain pour trouver des opportunités attractives. Il pointe par exemple l'Europe qui progresse lentement mais sûrement vers une unification plus poussée de ses marchés financiers, tout en prenant des initiatives budgétaires en termes de défense et d'infrastructures. « Il y a aujourd’hui une urgence beaucoup plus marquée pour avancer vers une unification plus poussée ».
De même, il pointe que le Japon reste une opportunité structurelle de long terme. « Le marché n’est plus aussi décoté qu’il y a quelques années, mais les cours devraient rester soutenus par la sortie d’une longue période de déflation et par les réformes visant à améliorer la gouvernance des entreprises, qui sont fortement incitées à ne plus rester assise sur des montagnes de liquidités et à augmenter sensiblement les versements vers les actionnaires ». Enfin, il souligne que les marchés émergents doivent également faire l’objet d’une hausse de l’exposition des investisseurs, notamment vers les marchés d’Amérique latine qui bénéficient de politiques monétaires favorables.
Actif vs Passif
Enfin, il souligne également que le débat entre gestion active et passive est un faux débat. « Le nombre réduit de gestionnaires actifs capables de surperformer les indices a toujours eu tendance à attirer la majorité des flux financiers. Auparavant, les mauvais gestionnaires perdaient leurs actifs au profit d’autres gestionnaires actifs. Aujourd’hui, ce sont les ETF qui récupèrent ces flux. Fondamentalement, rien n’a donc changé, le but reste de se maintenir parmi les gestionnaires qui parviennent à dégager des performances attractives grâce à des processus de gestion rigoureux ».


