Par Frédéric Lejoint.
Après quelques années de flottement, les conditions semblent aujourd’hui réunies pour assister à un retour au premier plan des sociétés offrant des solutions dans la transition énergétique.
Adrien Dumas est à la tête du fonds Mandarine Global Transition (ISIN : LU2257980289) depuis le début 2020. A cette position, il a assisté à l’euphorie du début de la décennie sur les actions liées à la transition énergétique, et aux années moins favorables qui ont suivi. Le fonds est noté trois étoiles sur Morningstar, avec une performance annualisée de 7,7% durant les trois dernières années.

Facteurs d’optimisme
Après une année 2025 qui a permis à cette thématique de prendre des couleurs, il estime que les perspectives sont désormais redevenues plus favorables, notamment suite aux événements dans le Golfe Persique qui ont remis sur l’avant de la scène la nécessité pour les économies occidentales de devenir moins dépendantes des énergies fossiles. « En dépit des performances boursières décevantes, les technologies de transition ont continué de se déployer à un rythme soutenu à travers le monde, simplement parce qu’elles sont désormais plus compétitives que les technologies basées sur les énergies fossiles ».
Il pointe que trois facteurs guident désormais une hausse des investissements vers ces acteurs : le besoin de souveraineté dans la production d’énergie, la relocalisation d’industries vers les pays développés, et le déploiement des centres de données. « En outre, face à des indices boursiers très concentrés sur quelques grandes capitalisations américaines, la transition énergétique offre des moteurs de croissance différents pour les mois à venir ».
Pas de brun
Mandarine Global Transition est un fonds qui dispose du label de durabilité belge Towards Sustainability, qui est un des plus exigeants en termes de sélection des sociétés en portefeuille. « Avant de pouvoir être prises en considération, ces entreprises doivent réaliser au moins 30% de leur chiffre d’affaires sur des produits ou des services qui contribuent aux enjeux de la transition énergétique en se basant sur la taxonomie européenne ».
Le fonds adopte une sélection stricte en excluant toutes les activités « brunes », et exclut donc le gaz, le charbon, le pétrole ou l’huile de palme dès le premier euro. « Nous visons également des sociétés qui ont pris des engagements clairs en matière de réduction de leur empreinte carbone ou de leur consommation en eau ». Dans la pratique, ceci entraîne un univers d’investissement qui se réduit à 550 entreprises, avec un portefeuille composé majoritairement de technologies matures qui disposent de flux de trésorerie importants, avec pour objectif de les conserver pour le long terme (environ 30% des sociétés sont dans le portefeuille depuis 2020). « Le reste du portefeuille est investi dans des technologies plus émergentes ou disruptives, à fort potentiel ».
Flexibilité
Depuis le lancement de cette stratégie, Adrien Dumas a été amené à profondément modifier le positionnement du portefeuille. « Alors que l’Europe représentait 60% de nos actifs sous gestion en 2020, son poids ne représente plus que 20% à l’heure actuelle ». C’est d’ailleurs un constat d’échec qu’il dresse quant aux ambitions écologiques du Vieux Continent. « L'Europe n’a fait que décevoir depuis 2020 sur ses ambitions », et il pointe notamment la lenteur dans le déploiement des enveloppes budgétaires dans le cadre du Green New Deal. En dépit d’une position initiale qui était très favorable pour les groupes européens, il constate qu’ils affichent désormais un retard sur la concurrence, par exemple sur les producteurs chinois de voitures électriques.
En dépit des déclarations climato-sceptiques régulières de Donald Trump, il pointe que 50% de son portefeuille est désormais investi aux Etats-Unis. « La relocalisation de la production de semi-conducteurs et les investissements dans les centres de données s’accompagnent d’une hausse très rapide des besoins énergétiques ». Et dans cette optique, l’énergie solaire est aujourd’hui parmi les plus compétitives.
De même, l’Asie pèse aujourd’hui 30% des actifs sous gestion. « Nous sommes plus revenus sur la Chine depuis un an et demi, notamment sur les entreprises qui profitent du dernier plan quinquennal pour exporter leurs technologies vers l'Asie du Sud-Est ». Parallèlement, le Japon et la Corée ont lancé des plans massifs de souveraineté énergétique pour s'affranchir de leur forte dépendance pétrolière et gazière vis-à-vis du Moyen-Orient.
Préférences sectorielles
Au niveau sectoriel, le fonds privilégie les segments offrant la meilleure visibilité sur le long terme, tout en assurant une bonne diversification entre les différents segments du marché (mobilité électrique, énergie renouvelable, décarbonation, bâtiments verts, etc.). « Nous couvrons donc un large éventail de secteurs. L’efficience énergétique constitue un axe fort, notamment au travers de Quanta Services , un groupe spécialisé dans la maintenance des réseaux électriques dont la croissance s’est fortement accélérée suite à la hausse de la demande liée à l’IA ». Adrien Dumas pointe également le cycle de renouvellement de la flotte ferroviaire aux Etats-Unis, qui offre des perspectives favorables pour les groupes spécialisés dans la production de locomotives hybrides ou électriques.
« Nous avons toutefois vendu toute notre exposition sur le secteur de l’hydrogène, car nous sommes rapidement venus à la conclusion que cette technologie ne sera pas en mesure de concurrencer rapidement les autres formes d’énergie renouvelable ». De même, il reste à l’écart de l’énergie éolienne qui peine à gagner des parts de marché au niveau mondial.
Taux obligataires
Malgré ces perspectives favorables soutenues par les événements en Iran, Adrien Dumas pointe que la trajectoire des taux d’intérêt reste un facteur important pour la performance des actions engagées dans la transition énergétique. « Une politique monétaire trop agressive ou un choc inflationniste durable lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourraient inciter les acteurs économiques à différer certains grands projets d'infrastructure ».


