Navbar logo new
L’or toujours valeur refuge ?
Calendar17 Jul 2026
Thème: Investir

Par Daniel Pechon


‘L’or est-il encore une valeur refuge ou va-t-il redevenir un actif démodé.’


Les investisseurs qui espéraient un rôle de valeur refuge de l’or dans ces derniers mois, malgré un contexte de tensions géopolitiques accrues, ont été déçus. Sous la pression d’une Fed plus ferme et d’un dollar en hause, le métal jaune a perdu de son attrait. L’or qui culminait à plus de 5600 dollars en janvier se maintient difficilement au-dessus de 4000 dollars six mois plus tard. Une performance qui contraste nettement avec celles de 2025 quand l’or s’est apprécié de près de 70 %.


Le constat est cependant clair. Depuis février, le début de la guerre en Iran, l’or a perdu près de 25 %, se maintenant avec peine actuellement juste au-dessus de 4000 dollars, alors qu’en janvier le métal jaune avait atteint un record historique de 5600 dollars. Autre constat, les contrats à terme du métal jaune ont perdu 13 % au second trimestre, leurs pires performances depuis 2013. Les investisseurs qui espéraient un rôle de valeur refuge de l’or dans cette période ont été déçus.


Cette chute s’explique aussi surtout par les craintes d’inflation, liées à la hausse du cout de l’énergie ainsi que les craintes d’un tour de vis de la politique monétaire aux Etats-Unis qui a entrainé une hausse du dollar, défavorable au cours du métal jaune. L’or a commencé à intégrer dans SES cours une inflation qui ne semble pas vouloir retourner dans des zones plus modérées. La question reste cependant ouverte : l’or reste-t- il un actif de diversification après avoir connu des turbulences dans un contexte de tensions géopolitiques ?


L’or conserve son attrait


Malgré cet épisode, en majorité, les spécialistes restent convaincus que l’or reste un actif protecteur dans un portefeuille. Les perspectives structurelles de l’or restent solides affirme Asad Farid, gérant de portefeuille chez J. Safra Sarasin. « L’or devrait conserver son statut d’actif refuge et de réserve de valeur incontournable. Les achats des banques centrales, la dédollarisation et les tensions géopolitiques constitueront des moteurs puissants à moyen terme. » affirme le spécialiste.


Souvent, l’erreur que commettent les investisseurs est de s’attendre que les cours de l’or évoluent de manière cohérente, de façon à contrebalancer directement les baisses boursières.


L’or peut être considérée comme une couverture directe contre le marché boursier, mais doit être plus vue comme une excellente couverture contre la peur.


Frederik Fischer, Senior Portfolio Manager Multi Asset at AllianzGI met en exergue le rôle protecteur de l’or sur un autre aspect que celui de la géopolitique : « Nous continuons de considérer l'or comme un pilier du portefeuille en période de déficits budgétaires importants et de perte de confiance dans le système monétaire traditionnel, » explique l’expert.


Le rôle de couverture existe bel et bien, mais il est probablement un peu plus irrégulier qu’on ne le pense. Ce n’est pas une règle que, chaque fois qu’il y a une baisse des actions, l’or soit là pour la compenser.


Pour éclairer les événements de ces derniers mois, l’avis de Tim Vanvaerenbergh, CEO De Schelter IM fait sens. Si autrefois, l'or servait de couverture contre l'inflation et les risques géopolitiques et financiers, le spécialiste ajoute une précision pour alimenter le rôle protecteur de l’or. « Aujourd'hui, l'or se comporte comme un actif de risque : lorsque les marchés sont en hausse, l'or monte, et inversement. Si vous recherchez aujourd'hui une couverture contre l'inflation, il semble préférable d'envisager un panier de matières premières (or, argent, aluminium, palladium, cuivre, etc.). »


Le dollar…


Benjamin Huchet, gérant chez Mandarine gestion, ajoute une lecture supplémentaire, avec celle de l’or qui retrouve une fonction d’actif monétaire.


La montée d’un monde multipolaire, la fragmentation géopolitique et la volonté croissante des États de réduire leur dépendance au dollar alimentent une dynamique de dédollarisation durable affirme Benjamin Huchet qui ajoute : « Dans ce cadre, l’or retrouve pleinement sa fonction d’actif monétaire de référence : une réserve de valeur universelle, non souveraine et politiquement neutre.


Cette demande institutionnelle, portée notamment par les banques centrales, agit comme un plancher sur les prix et limite la profondeur des phases de correction. Elle confère à l’or un profil asymétrique, moins dépendant des cycles macro-financiers traditionnels. »


Avis modérateur


Certains avis sont un peu plus mitigés sur le rôle de l’or protecteur. « L’or n’est pas un actif de couverture parfait et peut connaître des phases de sous-performance et de corrections significatives, comme lors des précédents marchés haussiers, » affirme Alexandre Carrier de DNCA.


« Lors des précédents marchés haussiers de l’or, notamment dans les années 1970 et 2000, le métal a connu plusieurs phases de correction importantes, parfois de l’ordre de -30%, » stipule l’expert de DNCA.


Enfin, Pictet Asset Management tente une conclusion sur la performance du métal jaune sur une longue période, « Sur le long terme, l’or a su préserver son pouvoir d’achat et offrir de la stabilité lors de chocs financiers, même s’il n’est pas la couverture parfaite. À plus long terme, les gains de productivité liés à l’IA et la stabilisation au Moyen-Orient pourraient tempérer les anticipations d’inflation, permettant à l’or de retrouver une nouvelle dynamique. »