L’IA sous toutes ses coutures
31 Aug 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Pictet

Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management


« L’IA va entraîner une hausse de la demande en électricité. » C’est vrai… mais c’est un peu plus complexe que cela.


Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir l’acheminer au bon endroit et au bon moment. Aux États-Unis comme en Europe, les délais de raccordement peuvent désormais se compter en années.


Cela entraîne trois conséquences.


  • Des zones industrielles jusqu’à présent délaissées peuvent devenir de véritables pépites. Prenons Homer City, en Pennsylvanie. Cette ancienne centrale à charbon a fermé en 2023… mais pas pour longtemps ! Le site va retrouver une seconde jeunesse en devenant un gigantesque complexe associant production d’électricité au gaz et data centers. Son principal atout ? Des infrastructures électriques et des raccordements au réseau déjà existants et opérationnels.

  • La géographie des data centers pourrait être bouleversée. Jusqu’à présent, la logique consistait essentiellement à acheminer l’électricité vers les grands pôles numériques. Face à l’explosion des besoins, une autre approche s’impose : installer le compute (la puissance de calcul) là où l’énergie est déjà abondante et bon marché. En quelque sorte, déplacer le calcul vers l’électricité plutôt que l’électricité vers le calcul. C’est un véritable renversement de logique.

  • Dernière conséquence, plus inattendue, l’essor de l’IA pourrait favoriser un véritable renouveau industriel. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe qui, soyons francs, n’a bénéficié jusqu’à présent qu’à la marge de l’essor de l’IA. Plusieurs grands groupes européens sont particulièrement bien positionnés : Schneider Electric , qui fournit les équipements nécessaires à l’alimentation, au refroidissement et à la gestion énergétique des data centers ; le groupe suisse ABB , très présent dans l’électrification et l’automatisation ; ou encore les fabricants de câbles Prysmian et Nexans , dont l’expertise devient indispensable à mesure que le raccordement électrique s’impose comme l’un des principaux goulets d’étranglement de la révolution de l’IA.

En résumé, pas d’IA sans industrie Fabryki Mebli Forte .


À surveiller


Nvidia publiera SES résultats trimestriels mercredi après la clôture. Comme d’habitude, la barre est placée haut. Le consensus table sur un chiffre d’affaires compris entre 92 et 94 milliards de dollars, soit quasiment un doublement en un an. A priori, le groupe devrait être en mesure de répondre aux attentes. Il a récemment laissé entendre que son chiffre d’affaires pourrait atteindre environ 91 milliards de dollars, un montant qui ne prend pas en compte les revenus liés aux centres de données en Chine. Une bonne surprise est donc possible.


Mais le marché est devenu extrêmement exigeant. Il en faudra probablement davantage pour faire grimper le cours. Nvidia devra surtout apporter des éclaircissements sur trois points :


1. La poursuite du déploiement de Blackwell.


C’est aujourd’hui le principal moteur de croissance de Nvidia . La demande est-elle toujours supérieure aux capacités de production ? Autre point essentiel, la marge brute ajustée, attendue autour de 75 %, est-elle tenable alors que la montée en puissance de Blackwell se poursuit ?


2. Le déploiement de Rubin, le successeur de Blackwell.


Son lancement est initialement prévu au second semestre de cette année. Quel est l’état du carnet de commandes ? Ce sera un bon baromètre pour juger de l’appétit des grands clients, notamment les fournisseurs de cloud, pour cette nouvelle génération de puces, mais aussi de leur capacité à continuer de financer des investissements aussi considérables.


3. Les dépenses des hyperscalers.


Nvidia constitue un excellent indicateur avancé des investissements dans l’IA. C’est un sujet qui crée régulièrement des tensions sur le marché. Personne ne doute de la poursuite de la croissance de la demande pour l’IA. En revanche, combien de temps les dépenses pourront-elles continuer à progresser à un rythme aussi exceptionnel sans peser fortement sur la trésorerie des entreprises concernées ?


C’est probablement sur ce dernier point que se jouera une bonne partie de la réaction du marché cette semaine.


L’avez-vous lu ?


L’Europe est en train de construire quelque chose dont la plupart des gens ont à peine entendu parler : un réseau de communications quantiques à l’échelle du continent.


Son nom : EuroQCI.


L’objectif est de sécuriser les communications des gouvernements, des centres de données, des hôpitaux, des réseaux énergétiques et, plus largement, des infrastructures critiques.


Au cœur du dispositif se trouve la distribution quantique de clés (QKD, Quantum Key Distribution). Pour faire simple, elle utilise les propriétés de la physique quantique pour permettre à deux parties de partager des clés de chiffrement tout en détectant si un tiers tente de les intercepter, c’est-à-dire de les lire ou de les capter pendant leur transmission.


Une partie du réseau reposera sur des infrastructures terrestres en fibre optique. Une autre passera par l’espace, grâce à des satellites, afin de permettre des communications sécurisées sur de longues distances. Ce n’est pas simplement un nouveau projet technologique. C’est l’Europe qui construit une nouvelle couche de sécurité souveraine pour l’ère numérique. Un peu d’europtimisme ne fait pas de mal, parfois.