Cette note met en évidence l’importance croissante du thème de la finance de transition pour les acteurs financiers. Néanmoins, le manque de méthodologies claires et harmonisées rend l’analyse du niveau de transition des entreprises plus complexe.
Or, la définition, la mise en place et la publication des plans de transition sont devenus un élément central d’une allocation efficace du capital et de la gestion des risques dans la mesure où si une entreprise ne transitionne pas, ou anticipe mal sa transition, elle peut être considérée comme porteuse d’un risque de transition. Ainsi les plans de transition deviennent-ils pour de nombreuses entreprises et investisseurs un véritable outil stratégique dans un contexte international marqué à la fois par l’intensification des effets du réchauffement climatique et les nouveaux risques géopolitiques.
L’équipe ESG de ODDO BHF AM a développé une méthodologie interne pour pallier l’absence de cadre clair et, de ce faisant, évaluer le niveau de transition des entreprises en privilégiant l’analyse de leur engagement stratégique, de l’évolution de leur modèle d’affaires pour transformer nos économies et de leurs résultats opérationnels pour décarboner leurs activités.
L’analyse d’un univers d’environ 8600 entreprises avec cette méthodologie interne nous amène aux conclusions suivantes :
- 79.5% des entreprises analysées n’ont pas de plan de transition crédible : les caractéristiques communes à ces entreprises sont souvent la taille (petites et moyennes capitalisation), l’absence de réglementations autour des risques de transition ou de transparence en matière de durabilité et le secteur d’activité (la notion de transition est plus difficile à mettre en œuvre dans certains secteurs carbo-intensifs).
- A l’inverse, 20,5% des entreprises disposent d’un plan de transition que nous jugeons crédible : ces entreprises sont majoritairement européennes et dotées d’une capitalisation importante car la notion de transition est au cœur du cadre réglementaire européen ;
- 1,7% des entreprises analysées ont un modèle économique qui dépend largement de la transition : ce chiffre montre qu’une part significative des entreprises doivent adapter leur modèle économique pour perdurer dans un monde en transition.
Ces résultats sont cohérents avec l’analyse d’un monde qui est loin des objectifs de Paris (i.e. limiter le réchauffement à 2°C) en raison d’une transition trop lente et inégale. Néanmoins, la transition n’en reste pas moins engagée. Nous recommandons aux différentes parties prenantes d’analyser la transition des entreprises comme un processus dynamique et non-linéaire et de valoriser leur capaciter à transformer les systèmes de production et de consommation. Car au-delà de leur capacité à décarboner leurs opérations, c’est bien l’aptitude des entreprises à se réinventer et à transformer le monde qui doit être priorisée : c’est cette force qui aura le plus d’impact pour la transition.


