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Claudio Wewel (J. Safra Sarasin) : « 2025, une année d’investissement dominée par la politique »
Calendar07 Jan 2026
Thème: Macro

L’année 2025 s’est révélée exceptionnellement marquée par des facteurs politiques pour les investisseurs. Bien plus que les années précédentes, les marchés financiers ont été influencés par des décisions politiques et des événements géopolitiques. C’est l’analyse de Claudio Wewel, stratégiste devises à la banque privée J. Safra Sarasin. Selon lui, l’incertitude restera également un facteur clé en 2026.

Claudio wewel
Claudio Wewel

Les actifs risqués ont entamé l’année 2025 sur une note positive, prolongeant le soi-disant « Trump trade » de la fin 2024. Cet optimisme a toutefois été mis à mal lorsque le président Trump a annoncé ses « droits de douane réciproques » à l’occasion du Liberation Day. La forte correction qui s’est ensuivie début avril s’est poursuivie jusqu’à l’instauration d’une pause de 90 jours. Pendant plusieurs semaines, le discours « Sell America » a dominé les marchés. Les actions européennes ont surperformé leurs homologues américaines, les taux d’intérêt américains à long terme ont fortement augmenté et le dollar américain s’est nettement affaibli.

Plus tard dans l’année, les inquiétudes concernant la soutenabilité des finances publiques américaines se sont accrues après que le Président Trump a fait adopter par le Congrès le One Big Beautiful Bill Act. Des préoccupations similaires sont apparues en France, où les déficits budgétaires devraient rester proches de 6 % du PIB. Parallèlement, les marchés se sont montrés relativement résilients face aux tensions géopolitiques, notamment les frappes israéliennes sur le programme nucléaire iranien et le rétablissement de droits de douane américains élevés à l’issue de la période d’exemption.

Fermeture record de l’administration fédérale

Malgré les pressions politiques exercées sur son indépendance — notamment la tentative du Président Trump de révoquer la gouverneure de la Fed Lisa Cook — la Réserve fédérale a maintenu son taux directeur inchangé durant le premier semestre 2025. La première baisse de taux n’est intervenue qu’en septembre. La fermeture record de l’administration fédérale, qui a duré 44 jours, a accru l’incertitude et compliqué la conduite de la politique monétaire en raison de l’absence de données clés sur le marché du travail. Bien que la Fed ait procédé à deux nouvelles baisses de taux plus tard dans l’année, les marchés anticipent un rythme d’assouplissement plus rapide en 2026 que celui communiqué par la banque centrale.

Un développement structurel majeur en 2025 a été l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) comme moteur de croissance essentiel. Ce qui avait commencé comme un thème d’investissement s’est transformé en une tendance structurelle. Les investissements massifs dans les infrastructures liées à l’IA ont soutenu la croissance économique américaine et alimenté une large hausse des marchés actions, bénéficiant également à des secteurs au-delà de la technologie. Toutefois, au quatrième trimestre, les marchés sont devenus plus prudents en raison des préoccupations liées aux valorisations élevées et à la concentration des investissements sur un nombre restreint d’hyperscalers.

Fabryki Mebli Forte performance des métaux précieux

Toutes classes d’actifs confondues, les métaux précieux ont affiché la meilleure performance. L’or a bondi de 65 %. Sur le marché actions, les marchés émergents ont dominé avec des gains de 34 %, soutenus par la faiblesse du dollar américain et la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis. Le Royaume-Uni a suivi avec un rendement de 26 %, tandis que les actions américaines et européennes ont progressé d’environ 20 % en monnaie locale. Le marché suisse a quelque peu sous-performé, avec une hausse de 18 %, reflétant son caractère défensif. Du côté des matières premières, la baisse des prix du pétrole a pesé sur les performances, tandis qu’en revenu fixe, les obligations des marchés émergents libellées en monnaie locale figuraient parmi les plus performantes.

En regardant vers 2026, les valorisations boursières se situent à des niveaux historiquement élevés, ce qui limite le potentiel de nouvelles hausses. Néanmoins, le boom des infrastructures liées à l’IA devrait continuer à soutenir la croissance américaine, bien qu’une approche d’investissement plus sélective soit nécessaire. Le soutien politique reste présent : les États-Unis devraient bénéficier de nouvelles mesures de relance budgétaire à l’approche des élections de mi-mandat, tandis que l’Europe est soutenue par les dépenses budgétaires allemandes et des taux d’intérêt relativement bas. Parallèlement, le durcissement des politiques migratoires et des niveaux d’endettement public insoutenables constituent d’importants défis structurels.

Préférence pour les actions de la zone euro et suisses

Dans l’ensemble, nous maintenons notre préférence pour les actions par rapport aux obligations et réaffirmons notre préférence régionale pour l’Europe et la Suisse. Les actions de la zone euro devraient bénéficier d’une amélioration de la dynamique macroéconomique, tandis que nous n’anticipons qu’une appréciation limitée supplémentaire de l’euro. Les actions suisses restent attractivement valorisées, avec des perspectives particulièrement améliorées pour le secteur pharmaceutique, les risques politiques semblant s’être atténués. Selon nous, la Chine et les autres marchés émergents resteront résilients malgré les conflits commerciaux et technologiques persistants. La Chine a réussi à diversifier ses marchés d’exportation, et l’Amérique latine est devenue une région privilégiée pour les investissements. Enfin, nous nous attendons à ce que l’or continue de bien se comporter, soutenu par la perspective de nouvelles baisses de taux aux États-Unis et par une demande soutenue dans un contexte géopolitique incertain.

Légère surpondération des actifs risqués

L’incertitude observée sur les marchés l’an dernier devrait rester un facteur déterminant cette année. Notre vision constructive des marchés se reflète dans nos portefeuilles, qui sont surpondérés en actions et sous-pondérés en obligations. Toutefois, compte tenu de l’incertitude persistante, ces positions restent modérées. Afin de compenser la volatilité accrue, nous conservons une légère surpondération des investissements alternatifs, avec un accent particulier sur l’or et les obligations catastrophes.