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« Une erreur de ne pas avoir de défense dans les portefeuilles »
Calendar05 Feb 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: ODDO BHF AM

Par Frédéric Lejoint.


L’environnement économique va rester favorable aux actions américaines et émergentes. Attention au dollar et au marché du crédit, avec le besoin d’une diversification vers l’or et les métaux.


Bruno Cavalier (Economiste en chef du groupe ODDO BHF) et Laurent Denize (co-Directeur des investissements du groupe ODDO BHF) ont récemment joué le jeu des prévisions économiques et financières pour l’exercice qui vient de commencer, en partant d’un constat d’un environnement qui reste fortement incertain au niveau mondial. « L’économie mondiale a bien passé le stress test de 2025 avec un sentiment d’optimisme pour la nouvelle année », indique Bruno Cavalier.


Croissance en ligne


Pour 2026, les attentes actuelles tournent à nouveau autour de 3% pour la croissance mondiale, soit le même niveau que les trois années précédentes. « A chaque fois, la question d’une récession se pose pour des raisons diverses (droits douaniers, hausse de l’inflation, etc.) ; et à chaque fois, la croissance a tenu bon ». Pour les Etats-Unis, la consommation devrait rester un moteur principal de l’activité économique, et sera soutenue par la baisse d’impôts votée l’année dernière. Dans le même temps, le cycle de l’investissement dans l’intelligence artificielle devrait rester soutenu. « Ceci permet d'envisager une croissance qui va se poursuivre, voire accélérer en début d’année suite au rattrapage par rapport à un quatrième trimestre 2025 marqué par la fermeture des administrations américaines ».


Il souligne toutefois que le marché n’intègre pas le risque d’une récession au niveau américain, en particulier si le marché du travail faiblissait davantage ou si les consommateurs subissaient des pertes au niveau de leur portefeuille d’actions en cas de correction sur le secteur technologique. « Il y a effectivement une crise du pouvoir d'achat qui est supportée par les tranches inférieures de la population en termes de distribution des revenus. C’est un enjeu principal pour Donald Trump au vu des élections à venir, afin que cette fragilité des ménages à revenus modestes ne s'aggrave pas. Si toutefois ces ménages ne consommaient vraiment plus, nous serions déjà en récession aux Etats-Unis ».


En Europe, Bruno Cavalier pointe la solidité du marché du travail, la reprise du marché du crédit, et un réveil de l’économie allemande provoqué par un programme d’investissements massif dans les infrastructures et la défense. « L’impact du plan de relance allemand devrait commencer à se voir dans les données d’activité économique au début 2026. Ces éléments devraient permettre à l’économie européenne de supporter les soubresauts imposés par la présidence américaine, avec toutefois également le risque d’une concurrence plus forte de la Chine ».


Ce contexte économique s’accompagne de perspectives relativement modérées au niveau de l’inflation, qui est revenue sous la cible de la BCE. « Le processus de baisse du taux directeur est vraisemblablement terminé en Europe, mais il reste encore un potentiel de baisse aux Etats-Unis si l’inflation revient sur des niveaux acceptables lorsque l’impact des tarifs douaniers aura été pleinement intégré », donc plutôt vers la seconde partie de l’année.


Pas de bulle


En termes de stratégie d’investissement, Laurent Denize souligne que si 2025 a été une nouvelle année favorable pour les investisseurs en actions, la polarisation des marchés vers la technologie américaine a encore eu tendance à se renforcer. « Les Etats-Unis ont continué de capter l’essentiel des flux, tant sur les actions que sur les obligations. Ce fut encore plus le cas pour les particuliers qui ont renforcé leur détention dans les Magnificent Seven au détriment du reste de la cote ».


La technologie américaine reste une de ses principales convictions à l’heure actuelle. « Nous continuons de préférer les Etats-Unis par rapport à l'Europe. La valorisation est élevée, mais se justifie par la croissance des flux de trésorerie disponibles qui est nettement supérieure à celle observée sur l’indice MSCI World. Nous ne croyons pas à la thèse de l’éclatement d’une bulle sur l’IA à court terme, car nous n’avons pas observé une déconnexion entre la croissance des bénéfices et les valorisations ». En outre, les fondamentaux restent sains pour 2026, avec une augmentation de la productivité liée à l’IA qui devrait se diffuser dans les autres secteurs. « Il est également indéniable qu’il y a un recours plus fréquent à l’endettement pour financer les investissements, et que ce phénomène doit être surveillé ».


Opportunités européennes


Du côté de l’Europe, Laurent Denize estime que le marché doit encore démontrer sa capacité à retrouver une croissance rapide de ses bénéfices. « Les valorisations ont bien remonté durant les 12 derniers mois, mais le consensus nous semble assez optimiste sur les perspectives de croissance des résultats, soit 12% pour 2026 alors que nous attendons plutôt 5 à 6%. Il y a donc selon nous un risque de déception ».


Il apprécie néanmoins les perspectives des secteurs domestiques, notamment les valeurs bancaires, les services aux collectivités (dans le cadre de la hausse de la demande d’électricité liée aux centres de données) ou la défense. « Le chiffre d’affaires de Rheinmetall devrait atteindre 50 milliards d’euros en 2030, alors que la capitalisation boursière n’est actuellement que de 90 milliards d’euros. La marge d’amélioration reste donc significative, et je pense que ce serait une erreur magistrale de ne pas avoir de défense dans les portefeuilles à l’heure actuelle ». Enfin, il apprécie également les perspectives offertes par les petites capitalisations, dont la croissance des bénéfices devrait accélérer alors que les valorisations restent extrêmement décotées.


Diversifications


Pour le reste, il soutient le besoin de diversifier les risques dans le portefeuille, notamment vers les marchés émergents en Amérique Latine et en Asie (Chine, Corée du Sud) qui bénéficient d’une croissance plus rapide des résultats et d’un potentiel de rattrapage important pour les valorisations. « Un positionnement vers l’Inde se justifie également dans un contexte de diversification par rapport au secteur technologique ». Cette diversification doit également se traduire par une allocation plus élevée sur l’or et les métaux ; et rester prudent face au risque d’une nouvelle baisse du dollar.


Enfin, au niveau obligataire, il estime qu’il faut rester prudent sur le crédit et préférer les durations courtes ; et revenir sur la dette souveraine si les taux venaient à monter trop fortement. « Il faut rester prudent sur le crédit, avec des primes de risques qui sont extrêmement serrées alors qu’il va y avoir des émissions massives dans la technologie. Nous assistons d’ailleurs à une dégradation rapide dans le nombre de faillites aux Etats-Unis, ce qui nous pousse à préférer aujourd’hui le haut rendement européen ».