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La nouvelle vague
Calendar10 Mar 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Pictet

Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.


L’anxiété liée à l’IA perdure. Conséquence directe, la valorisation des actions technologiques américaines est désormais proche de celle des entreprises du secteur de la consommation. Au cours des sept dernières années, c’est déjà arrivé à trois reprises : lors de la Covid, pendant la correction de 2022 et dans la foulée du Liberation Day en avril 2025.


Est-ce que le marché a raison de s’inquiéter ? Pas vraiment. Les prévisions liées à l’impact de l’IA sont peu fiables et reposent sur des scénarios contestables qui auraient pu être écrits pour Roland Emmerich*. Prenons l’étude de Citrini qui a fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière. D’après elle, la hausse de la production résultant de l’IA va entraîner une croissance du PIB mais elle ne va pas se diffuser dans l’économie réelle. Pourtant, pour que le PIB augmente, il faut que d’autres facteurs entrant dans son calcul progressent également. Nous avons le choix. Il peut s’agir de la consommation, de l’investissement, des dépenses publiques ou des exportations nettes. Il est peu probable que les exportations nettes et les dépenses publiques augmentent dans la durée, notamment en raison des contraintes budgétaires bien connues. Reste l’investissement. Mais sa progression n’est soutenable que si la consommation suit. Pour Citrini, elle devrait chuter. Ce n’est pas cohérent.


Bref, la plupart des études sur le rôle disrupteur de l’IA sont à prendre avec des pincettes.


La seule étude de référence qui repose sur des données solides est celle de la Réserve Fédérale de Dallas du 24 février 2026. Elle établit que l’IA freine les créations d’emplois aux États-Unis dans les secteurs les plus exposés à cette technologie mais a un effet marginal sur l’ensemble de l’économie, pour l’instant. Point important, les salaires dans les secteurs exposés à l’IA progressent plus vite que la moyenne. Pourquoi ? Les nouveaux entrants sur le marché du travail sont remplacés tandis que l’IA valorise les employés les plus expérimentés et accroît leur valeur marchande.


Attention, cela ne veut pas dire que des secteurs ne vont pas être fortement chahutés. Mais ce ne sera certainement pas les logiciels à long terme. C’est une autre histoire pour les puces. Nvidia et Alphabet repensent complètement l’architecture de leurs processeurs pour réduire leur dépendance à la mémoire HBM devenue trop coûteuse. Même une légère remise en cause de son statut pourrait entraîner des répercussions importantes sur les actions des fabricants de puces. Quand ? Impossible à dire.


À surveiller


Deux points d’attention cette semaine. L’emploi américain d’abord. Le marché du travail ralentit depuis plusieurs mois. Si c’est de nouveau le cas en février, cela va accentuer la pression sur la Réserve Fédérale pour qu’elle baisse son taux directeur en mars. Enfin, la géopolitique est toujours au rendez-vous. Si les discussions entre les États-Unis et l’Iran n’aboutissent pas et que l’hypothèse de frappes militaires américaines se renforce, il est probable que Téhéran menace de bloquer le détroit d’Ormuz. Ce ne serait que la seizième fois depuis la fin des années 1970. Rappelons que c’est techniquement compliqué - distance de 31 km. Par ailleurs, ce n’est pas dans l’intérêt de l’Iran car cela va surtout agacer la Chine, son principal client, qui est dépendante de cette voie de passage pour les hydrocarbures. Tout au plus, les gardiens de la révolution peuvent tenter de brouiller les signaux GPS et GNSS (navigation par satellite) dans la zone, avec un succès limité. Pas de quoi faire plonger les actions et pousser le pétrole à 100 dollars le baril.


Vous ne l’avez pas lu dans la presse


C’est retombé comme un soufflé. Il y a encore une semaine, des rumeurs circulaient concernant une hausse des taux par la Banque du Japon (BoJ) en mars ou en avril. À l’issue d’une réunion avec la Première ministre japonaise, cette option est désormais exclue. C’est plutôt une bonne nouvelle. Selon une estimation basse de la Banque des Règlements Internationaux, les positions de carry trade en yen représentent 1000 milliards de dollars. En juillet 2024, la hausse « surprise » des taux par la BoJ avait provoqué un débouclage en panique des positions de carry trade non hedgées conduisant à des pertes importantes et à une panique qui s’est propagée sur les actions et les obligations mondiales. À priori, nous évitons pour l’instant une répétition de cet épisode catastrophe. Ouf !


*Producteur de films catastrophe, comme Independence Day.