La voie est désormais libre pour Kevin Warsh, qui s’apprête à accéder à la présidence de la Réserve fédérale. Le combat politique sont derrière lui, mais les véritables défis ne font que commencer.
Lorsque Jerome Powell se présentera devant la presse le 29 avril, la décision sur les taux d'intérêt ne sera pas au cœur de l'attention, personne n'anticipant de changement. La vraie question est la suivante : comment la Réserve fédérale va-t-elle se conduire à l'avenir ?
Le mandat de M. Powell en tant que président expire officiellement le 15 mai. Son successeur désigné, Kevin Warsh, a comparu devant la commission bancaire du Sénat américian le 21 avril. Le sénateur Thom Tillis, qui avait dans un premier temps bloqué la confirmation, a abandonné son opposition au cours du week-end, après que le département de la Justice a annoncé qu'il ne donnerait pas suite aux enquêtes visant M. Powell. La voie est désormais libre pour Warsh. Mais le futur président de la Fed hérite d'un legs particulièrement complexe.
Marché du travail et inflation : un tableau en mutation
Les chiffres de référence du marché du travail américain affichent une certaine robustesse : 178.000 emplois créés en mars et un taux de chômage stable à 4,3 %. Un examen plus attentif des données sous-jacentes brosse cependant un tableau nettement moins rassurant. Depuis janvier 2024, un seul secteur — la santé et l'action sociale — a été à lui seul responsable de la création d’environ 1,7 million d'emplois. L'ensemble des autres grandes industries réunies — industrie manufacturière, technologie, finance, commerce de détail, construction — accuse un solde net négatif de 56.000 postes. Le moteur de la croissance de l'emploi n'est pas le secteur privé ; c'est la demande publique, alimentée par Medicare, Medicaid et les programmes de dépenses liés à l'ACA (Affordable Care Act ou « Obamacare »).
Ce qui s'apparente à une vigueur du marché du travail est, en réalité, de la politique budgétaire déguisée. Les chiffres agrégés dissimulent une fragilité structurelle déjà perceptible dans les données salariales, les taux d'embauche et la mobilité déclinante de la main-d'œuvre.
Le tableau de l'inflation est tout aussi contrasté. L'indice des prix à la consommation global a bondi de 0,9 % en glissement mensuel en mars, sous l'effet quasi exclusif des prix de l'essence et de l'énergie. L'IPC (Indice des prix à la consommation) sous-jacent, en revanche, n'a progressé que de 0,2 % — légèrement en deçà des attentes — un rythme qui, s'il se maintient, ramènerait le déflateur PCE (Indice des dépenses de consommation personnelle) sous-jacent vers 0,26 % par mois. Les effets de base liés aux hausses de prix induites par les droits de douane de l'an dernier s'estompent désormais dans la comparaison annuelle. La tendance directionnelle est encourageante, même si le choc énergétique la masque temporairement.
Le mandat de Kevin Warsh ne débutera pas dans le calme
Plus significatif encore que le changement de personnalité est ce qui s'ensuit. Si M. Warsh est confirmé dans les délais prévus, il présidera la réunion du FOMC (Federal Open Market Committee des 16 et 17 juin — sa première en tant que président.
Les marchés n'anticipent actuellement aucune baisse de taux d'ici la fin de l'année. Nous estimons cette attente difficile à tenir. Avec Kevin Warsh aux commandes, dont on s’accorde à dire qu’il est un un partisan de taux courts bas, associés à une réduction du bilan, nous entrevoyons la possibilité de deux à trois baisses, en particulier si le marché du travail se détend au cours de l'été et si le prix du pétrole retrouve le chemin des 90 dollars.
La capacité de Warsh à faire avancer cet agenda au cours des quatre prochaines semaines dépendra moins des données économiques entrantes que de l'issue du bras de fer politique en cours à Washington. Les investisseurs auraient tout intérêt à surveiller ces deux fronts de près.


