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La Fed et la BCE : comment vont-elles réagir face aux tensions géopolitiques actuelles ?
Calendar17 Mar 2026
Thème: Macro
Maison de fonds: DPAM

Par Bénédicte Kukla - Stratège en chef chez Indosuez Wealth Management

La Fed devrait rester prudente

Nous anticipons que la Fed laissera ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de cette semaine. Si l’inflation américaine est restée stable à 2,4 % en février, le contexte récent est marqué par le choc énergétique lié aux tensions au Moyen-Orient, qui devrait entraîner un rebond temporaire de l’inflation globale dans les prochains mois. Aux États-Unis, la transmission d’un choc pétrolier est généralement rapide — entre un et trois mois —, via les prix de l’essence qui influencent directement le pouvoir d’achat et la confiance des ménages. Cela dit, l’impact devrait rester plus limité qu’en Europe du fait de la moindre dépendance sur le gaz naturel.

Benedicte kukla
Bénédicte Kukla
Dans le même temps, l’économie américaine reste résiliente : la croissance demeure positive et l’inflation sous-jacente (Core PCE) reste au-dessus de 3 %. Les pressions en faveur d’une baisse des taux proviennent surtout d’un marché du travail qui montre des signes de fragilité, avec une création d’emplois plus modérée. Autrement dit, le marché du travail apparaît peu inflationniste, ce qui soutient la poursuite de la désinflation à moyen terme.

Dans ce contexte, la Fed devrait rester prudente et le choc pétrolier constitue un argument supplémentaire pour temporiser avant d’assouplir sa politique en seconde moitié de 2026 (notre scénario central reste une seule baisse de 25 points de base en 2026).

Banque centrale européenne : la situation se complique

Pour la BCE, la situation se complique. En février, l’inflation dans la zone euro est remontée à 1,9 %. Ce chiffre reste en deçà de l’objectif officiel (2%), mais il dépasse légèrement les anticipations du marché. Le principal facteur de risque provient du double choc énergétique auquel l’Europe doit faire face. D’une part, la hausse du prix du pétrole se transmet rapidement aux prix des carburants à la pompe. D’autre part, l’augmentation du prix du gaz naturel mettra plus de temps à se répercuter : il faut généralement compter entre six et neuf mois pour que les fournisseurs ajustent leurs tarifs, ce qui implique un effet différé sur les factures des ménages et des entreprises.

Dans ce contexte, il est probable que l’inflation dépasse temporairement les 3 % d’ici la fin 2026. Cette dynamique pourrait peser sur la consommation, alors même que l’industrie européenne demeure vulnérable. La BCE n’évolue donc plus dans un environnement aussi « confortable » qu’auparavant. ​

Malgré ces tensions, nous n’anticipons pas de modification des taux directeurs de la BCE cette semaine – trop tôt. Contrairement à certains scénarios avancés par les marchés financiers, qui tablent sur deux hausses de taux en 2026 en réaction au choc énergétique, nous pensons que la BCE fera preuve de prudence. Les taux actuels sont déjà proches de leur niveau « neutre » — c’est-à-dire ni stimulants ni restrictifs, contrairement à la situation de 2022 où ils étaient très faibles et où la crise énergétique était plus aiguë (le prix du gaz naturel TTF se situe aujourd’hui autour de 50 EUR/MWh contre plus de 300 après le déclenchement du conflit en Ukraine). Par ailleurs, tant que l’on n’observe pas d’effet de « second tour » sur les salaires (c’est-à-dire une spirale prix-salaires), la BCE devrait laisser les taux inchangés.

Dans notre scénario central, les taux devraient donc rester stables en 2026. Une baisse ne serait envisagée que si le choc énergétique s’intensifie et finit par freiner davantage la croissance européenne.

En somme, la BCE devrait privilégier une approche fondée sur les données (« data dependent ») et éviter de réagir trop rapidement à un choc énergétique, sauf si des signes de diffusion plus large apparaissent.