Par Frédéric Lejoint.
En dépit des craintes concernant le retour de la stagflation, les banques centrales devraient rester prudentes avant de relever leur taux directeur. Ce qui offre des opportunités sur les marchés obligataires.
Les marchés sont particulièrement nerveux depuis le début des attaques américaines contre le régime iranien et la fermeture du détroit d’Ormuz, qui ont augmenté les incertitudes pour la croissance économique mondiale. Pour François Collet (CIO de DNCA Finance), la situation actuelle est sérieuse, mais en rien comparable à celle qui existait lors des chocs pétroliers des années 70, voire lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

« Durant les années 70, les autorités monétaires ont tardé à réagir à la hausse des prix, ce qui a eu des conséquences importantes sur l’inflation qui était déjà élevée au début de cette décennie. Avec pour conséquence un resserrement drastique des politiques monétaires au début des années 80 pour juguler l’inflation. Mais je pense que nous nous souvenons surtout de la crise de 2022 et de ce qui s'est passé à l'époque, avec un prix du gaz naturel qui a été rapidement multiplié par trente. Je dirais que la situation actuelle est assez différente ».
Résistance européenne
Tout d’abord, il souligne que le mix énergétique a fortement changé par rapport à 2022. « Alors que le prix du gaz naturel dictait la majeure partie du prix de l’électricité, il ne représente plus que 40%, avec un poids beaucoup plus important des énergies renouvelables. Le retour de certaines capacités dans le nucléaire après une période de maintenance intensive est également venu renforcer cette meilleure stabilité, avec un choc sur nos économies qui est moins marqué ».
En outre, la période qui a suivi l’épidémie de COVID était marquée par une surchauffe économique et une inflation en hausse, qui a été largement amplifiée par l’explosion des prix de l’énergie suite à l’invasion de l’Ukraine. « A l’inverse, l’inflation est actuellement largement sous contrôle dans les pays européens, ce qui permet aujourd’hui d’aborder ces tensions géopolitiques avec moins d’inquiétudes ».
Statu quo
La situation est toutefois moins favorable aux Etats-Unis. « Le risque de stagflation a considérablement augmenté et est actuellement plus élevé qu’en Europe. Nous observons un ralentissement du marché du travail, tandis que la pression sur les salaires s'accentue, conséquence des politiques d'immigration qui ont un impact négatif sur ce marché. L’inflation devrait grimper à nouveau vers 4% d’ici la fin de l’année et la croissance américaine va continuer à ralentir. Si le prix du baril atteint 200 dollars, il est indéniable que nous assisterons sans aucun doute à une période de stagflation ».
Dans ce contexte, François Collet estime que les banquiers centraux vont, dans un premier temps, se contenter de maintenir le statu quo dans le pilotage de la politique monétaire. « Plus particulièrement, la Banque Centrale Européenne ne cèdera pas à la panique, car elle ne veut surtout pas réitérer les erreurs du passé (2008 et 2011), et je ne m’attends pas à un changement du taux directeur avant septembre. Au final, ce serait une grave erreur de la part de la BCE de relever les taux et de voir le conflit se terminer quelques jours plus tard ». Et de l’autre côté de l’Atlantique, il estime que la nomination de Kevin Walsh constitue une bonne nouvelle pour la stabilité et l’indépendance de l’argentier américain.
Alternative au dollar
Sur le front des devises, François Collet estime que le dollar américain risque de voir sa position dominante remise en question durant les prochaines années. « Le déficit de la balance courante et les déficits budgétaires considérables constituent un frein important à la hausse du dollar. Il reste également surévalué par rapport aux devises asiatiques et je ne serais pas surpris si le billet vert enregistrait une correction d’ici la fin 2026 ».
Il souligne également que les politiques mises en œuvre par l'administration américaine et la décision d'entrer en guerre contre l'Iran peuvent être perçues par certains pays du Moyen-Orient comme une situation difficile. « Ces pays pourraient, au final, considérer la Chine comme un partenaire plus fiable que les États-Unis ».
Dans ce contexte, il estime également que l’or devrait conserver des soutiens durant les prochains mois. « Pour de nombreuses banques centrales, le métal jaune est désormais une alternative au dollar américain. En dépit de sa volatilité récente, nous pensons qu’il conserve un potentiel de hausse, soutenu par une stratégie de diversification des réserves qui va perdurer ». De même, il estime qu’une petite diversification vers les cryptomonnaies ( Bitcoin ) puisse aujourd’hui se justifier.
Opportunités obligataires
Dans son rôle de gestionnaire du fonds superstar DNCA Invest Alpha Bonds (28,7 milliards d’euros en encours sous gestion et cinq étoiles chez Morningstar), François Collet estime que le contexte actuel offre des opportunités intéressantes sur les marchés obligataires. « En Europe, le niveau des taux réels (taux nominaux corrigés de l’inflation) dépasse 1% dans certains pays, notamment en Espagne, ce qui constitue une opportunité considérable ».
Il estime que la BCE ne devrait pas être en mesure de maintenir son taux directeur sur un niveau aussi élevé sur le long terme. « Même si la BCE est contrainte de relever son taux à une ou deux reprises, nous ne sommes pas du tout dans la même situation qu’en 2022-2023 lorsque son taux directeur avait augmenté de 4,5% »
Dans le même temps, la position de la Réserve Fédérale américaine est beaucoup plus délicate, avec des refinancements qui s’opèrent essentiellement à court terme. « Nous tablons sur une nette hausse des taux longs, avec pour conséquence une pentification de la courbe ».
Enfin, plusieurs pays offrent également des opportunités en termes de rendement nominaux, et de citer notamment la dette du Royaume-Uni ou de la Nouvelle-Zélande qui offrent des taux attractifs avec un risque limité.


