Par Philippe Tranchet, Directeur adjoint des investissements, Mandarine Gestion
Les tensions géopolitiques récentes ont bousculé les marchés obligataires sans en remettre en cause les fondamentaux. Dans un environnement plus volatil, le retour de rendements attractifs crée de nouvelles opportunités pour les investisseurs.
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les marchés obligataires ont été confrontés à un schéma classique : une remontée des anticipations d’inflation combinée à un affaiblissement des perspectives de croissance. Cette dynamique a entraîné une revalorisation rapide des trajectoires de taux. Néanmoins, ce mouvement ne traduit pas, à ce stade, une rupture structurelle du régime de marché. Les fondamentaux économiques, notamment aux États-Unis, demeurent suffisamment solides pour absorber ce choc exogène.
Un choc inflationniste via les matières premières, mais contenu
Le premier canal de transmission a été celui des matières premières, avec un pétrole repassant au-dessus des 100 dollars et des tensions sur le gaz et certains intrants stratégiques.
Toutefois, la comparaison avec 2022 doit être nuancée. En Europe, l’inflation partait d’un niveau nettement plus faible, avec une inflation globale inférieure à 2 % avant le conflit et une inflation sous-jacente orientée à la baisse. Par ailleurs, la hausse des prix du gaz reste, à ce stade, bien moins marquée que lors de la crise énergétique précédente.
Ainsi, si le choc actuel est inflationniste, il s’inscrit dans un environnement globalement plus désinflationniste, avec des banques centrales déjà positionnées sur des niveaux de taux moins accommodants.
Une revalorisation des taux plus qu’un stress de crédit
La réaction des marchés s’est principalement traduite par une remontée des rendements, reflet d’un ajustement rapide des anticipations de politique monétaire, plutôt que d’un véritable stress de crédit.
En zone euro, les anticipations sont rapidement passées d’un scénario de baisse de taux à celui de hausses potentielles. Ce mouvement apparaît toutefois en partie excessif, dans la mesure où le ralentissement de la croissance limite la capacité de la BCE à poursuivre un resserrement prolongé.
Sur le segment du crédit, la situation reste globalement ordonnée. Les spreads se sont élargis, mais sans dislocation marquée entre les différentes catégories. Les obligations investment grade sont revenues vers leurs moyennes historiques, tandis que les rendements redeviennent attractifs sans dégradation significative des notations.
Des divergences régionales déterminantes
Les États-Unis abordent ce choc dans une position plus favorable, grâce à une croissance initialement plus robuste et à une plus grande autonomie énergétique. À l’inverse, la zone euro reste plus vulnérable, en raison d’une croissance plus faible, d’une dépendance énergétique persistante et de marges budgétaires limitées.
Pour les investisseurs, cette divergence accroît le risque d’erreur d’appréciation macroéconomique en Europe, où les tensions inflationnistes coexistent avec une fragilité conjoncturelle. La gestion de la sensibilité aux taux apparaît dès lors déterminante.
Une sélectivité accrue sur le crédit
Certaines poches du marché du crédit, notamment le crédit privé américain, méritent une attention particulière. Dans un environnement marqué par des coûts de financement plus élevés et une incertitude accrue sur la croissance, ces segments pourraient révéler des fragilités.
Cela plaide en faveur d’une approche plus sélective, privilégiant les émetteurs les plus solides, des structures financières lisibles et des maturités bien calibrées.
Conclusion : le retour en grâce de l’obligataire
Au final, les marchés obligataires ont davantage corrigé un excès d’optimisme sur les taux qu’ils n’ont intégré un véritable scénario de crise du crédit.
Si l’environnement est désormais plus volatil et plus sensible aux prix de l’énergie, il offre en contrepartie des points d’entrée redevenus attractifs. Dans un contexte différent de celui de 2022, les obligations retrouvent une place centrale dans les allocations, non seulement comme outil de diversification, mais aussi comme source de rendement crédible.
Cette opportunité suppose toutefois une gestion active, sélective et disciplinée, tant sur la sensibilité aux taux que sur le risque de crédit.


