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DNCA Finance veut accélérer hors d’Europe, avec l’Asie comme moteur de croissance
Calendar21 Apr 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: DNCA Investments

Par Francis Muyshondt.


Le gestionnaire d’actifs français DNCA Finance est à l’aube d’une nouvelle phase de croissance. Après des années de développement progressif en Europe, le groupe se tourne de plus en plus vers les marchés internationaux, avec l’Asie comme principal pôle de croissance. Parallèlement, la maison reste fidèle à sa stratégie : gestion active, équipes de gestion solides et focalisation marquée sur les actifs liquides. Dans un entretien, le CEO de DNCA Finance, Eric Franc, et Grégory Guionnet, responsable de la gestion d’actifs, expliquent comment ils entendent encadrer cette croissance.


Franc

CEO Eric Franc

La Belgique gagne en importance dans la croissance européenne


La France demeure l’épine dorsale de DNCA Finance, où la majorité des actifs est gérée et distribuée, notamment grâce à son ancrage dans le réseau de BPCE, le groupe bancaire français qui chapeaute Natixis Investment Managers. Depuis 2015, DNCA Finance fait partie de ce groupe, qui lui apporte un soutien en matière de risques, de conformité et d’IT, tout en laissant au gestionnaire une autonomie opérationnelle et un fonctionnement de type boutique au sein d’une structure plus large.


Par ailleurs, DNCA Finance s’est fortement développée ces dernières années en Europe du Sud. L’Italie est devenue son deuxième marché, avec environ 12 milliards d’euros sous gestion. L’Espagne constitue le troisième pilier, avec plus de 3 milliards d’euros. La présence du groupe progresse également en Suisse, en Allemagne et au Royaume-Uni, notamment via des mandats institutionnels.


Dans cette expansion européenne, le Benelux occupe depuis longtemps une place stratégique : jusqu’à récemment, le groupe y gérait environ 2,6 milliards d’euros, principalement via la distribution depuis le Luxembourg et auprès de clients professionnels. Cette position reçoit aujourd’hui une impulsion claire grâce à l’accord conclu avec la banque Nagelmackers. La banque privée belge a décidé, à l’issue d’un appel d’offres, d’externaliser sa gestion d’actifs à DNCA Finance.


Concrètement, depuis le 1er avril, DNCA Finance assure la gestion des portefeuilles individuels des clients de Nagelmackers (mandats discrétionnaires). Dans une phase suivante, qui sera finalisée dans les prochains mois, le gestionnaire français reprendra également la gestion des fonds d’investissement de la banque. Cette opération représente non seulement un effet d’échelle, mais aussi un ancrage structurel sur le marché belge. DNCA Finance a entre-temps ouvert un bureau à Bruxelles et y développe une équipe locale.


L’Asie : un focus accru


Toutefois, selon le CEO Eric Franc, l’attention se porte de moins en moins exclusivement sur l’Europe. « Nous constatons que notre croissance s’internationalise et, bien que l’Europe reste essentielle, elle n’est plus le seul terrain de jeu. » Selon lui, le modèle économique de DNCA Finance joue un rôle clé à cet égard. Le gestionnaire opère principalement dans un environnement B2B et distribue ses fonds via des banques internationales, des investisseurs institutionnels et des fonds de pension. « Nos clients sont souvent eux-mêmes des acteurs internationaux. Nous travaillons avec de grandes banques comme UBS et JP Morgan, mais aussi avec des fonds de pension dans différentes régions. Ainsi, la fragmentation du marché européen constitue moins un obstacle qu’on ne le pense souvent. »


Mais la dynamique de croissance la plus marquante se situe aujourd’hui en dehors de l’Europe, notamment en Asie. « Ces dernières années, nous avons renforcé notre présence au Japon, en Thaïlande, au Vietnam et à Singapour. Et le développement en Asie s’est véritablement accéléré au cours des trois dernières années. Singapour est un marché clé. » Le groupe a d’ailleurs récemment positionné un collaborateur à Singapour afin de poursuivre le développement régional.


« Nous poursuivons un double objectif : d’une part attirer davantage de capitaux, d’autre part mieux diversifier ces flux. Le défi consiste aussi à mieux contribuer à la croissance. » Ce dernier point n’est pas anodin. DNCA Finance a certes connu d’importants flux entrants ces dernières années, mais ceux-ci étaient souvent concentrés sur quelques fonds à succès. « Il est important de ne pas dépendre d’une seule stratégie ou d’un seul produit », ajoute Grégory Guionnet.


Croître grâce au talent, pas uniquement par la taille


Le cœur de la stratégie de DNCA Finance ne réside cependant pas dans l’expansion géographique en tant que telle, mais dans l’attraction des bons talents. Selon Franc, le talent est le facteur déterminant en gestion active. « Notre priorité a toujours été d’identifier et d’attirer les meilleures équipes. » Cette approche a permis à DNCA Finance d’élargir progressivement son expertise. Initialement connue comme gestionnaire actions avec une forte approche « value », la maison est devenue un acteur plus diversifié.


Une étape importante a été le développement de la gestion obligataire, avec notamment le lancement de l’équipe Alpha Bonds en 2017. Ont suivi de nouvelles stratégies en crédit et en absolute return, ainsi qu’une récente expansion vers les matières premières et les métaux précieux. « Il est essentiel de s’adapter aux conditions de marché. Les investisseurs demandent aujourd’hui des produits différents d’il y a dix ans », souligne Franc. Il note que certains concurrents ont manqué cette évolution. « Certains acteurs sont restés trop longtemps concentrés sur un seul segment, comme les stratégies actions pures, ce qui les rend aujourd’hui plus vulnérables. »


Selon Guionnet, cette diversification se reflète également dans le positionnement de l’offre. « Nous disposons aujourd’hui d’un large éventail de stratégies adaptées à différents environnements de marché. Et parce que nous sommes actifs à la fois en obligations, en actions et dans des stratégies plus thématiques, nous pouvons mieux accompagner nos clients à travers les différentes phases du cycle de marché. »


La gestion active comme conviction


Guionnet

Grégory Guionnet

Dans un secteur où les produits passifs comme les ETF gagnent constamment des parts de marché, DNCA Finance reste résolument attachée à la gestion active. Ce choix n’est pas défensif, mais relève d’une conviction stratégique. « Si vous voulez vous démarquer des solutions passives, vous devez générer de l’alpha. C’est l’essence de notre métier. »


Selon Grégory Guionnet, la réalité est plus nuancée. « Il existe des segments où la gestion passive est pertinente, notamment dans les marchés très liquides et efficients. Mais il subsiste des zones où la gestion active peut créer une véritable valeur ajoutée, en particulier dans les obligations et dans les marchés actions moins efficients comme l’Europe. »


Pour Franc, la montée de la gestion passive a un effet disciplinaire sur le secteur. « Elle oblige les gestionnaires actifs à créer une réelle valeur. C’est sain. Seuls ceux qui délivrent des performances de manière constante pourront se distinguer. » Cet accent mis sur la performance s’inscrit dans la stratégie globale de DNCA Finance, qui repose sur le recrutement de gestionnaires ayant un track record solide. « En fin de compte, la performance est la seule manière durable de convaincre les clients. Sans cela, la gestion active n’a pas de raison d’être », insiste le CEO.


Cette vision se traduit également dans les portefeuilles gérés. Bien que DNCA Finance ne propose pas de produits passifs, des ETF sont parfois intégrés, notamment pour obtenir rapidement une exposition au marché ou pour des ajustements tactiques. « Passif et actif ne sont pas opposés. Il s’agit de trouver la bonne combinaison en fonction des conditions de marché et des objectifs du client », souligne le responsable de la gestion.


Les obligations constituent un domaine clé de différenciation. « Les marchés obligataires sont moins efficients et offrent davantage d’opportunités de générer de l’alpha. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles ce segment a été un moteur de croissance majeur ces dernières années. »


Les marchés privés ?


La croissance de DNCA Finance s’accompagne également de nouveaux défis, notamment celui de maintenir l’équilibre entre taille et flexibilité. « Nous voulons continuer à croître sans perdre notre identité. Cela signifie rester sélectifs dans le choix des équipes », explique Franc. Le groupe souhaite également développer davantage ses fonds pour atteindre une taille critique. « Nous voulons avoir plus de fonds dépassant le milliard d’euros. »


Malgré tout, le cœur du message reste simple. « Tout repose sur les personnes. Si vous avez les bons talents et que vous leur donnez les moyens de réussir, la croissance suit naturellement. »


Et qu’en est-il des marchés privés comme le private equity ou la dette privée ? Malgré leur popularité croissante, DNCA Finance reste largement en retrait. « Nous nous concentrons à environ 95 % sur les actifs liquides. C’est là que se situe notre expertise et là où nous pouvons faire la différence », précise Guionnet.


Selon Franc, la dynamique de marché joue également un rôle. « Nous observons aujourd’hui des signes de survalorisation dans certains segments privés. Les attentes de rendement ont souvent été très élevées. » Il n’exclut pas qu’une correction puisse avoir des conséquences pour les investisseurs. « Le risque est plus diffus qu’auparavant, car les banques sont moins impliquées, mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas d’impact. »


Paradoxalement, cela pourrait créer des opportunités pour DNCA Finance. « En période d’incertitude, on observe souvent un retour vers les actifs liquides. Et cela joue en notre faveur », conclut Franc.