« Décoder les signaux donnés par les dirigeants »
Par Frédéric Lejoint
Varenne Capital Partners a développé un outil unique pour dénicher des signaux d’achat dans les transactions réalisées par les dirigeants de sociétés.
Varenne Capital Partners est une société de gestion parisienne qui compte actuellement des encours sous gestion de 2,3 milliards d’euros. Sa spécificité réside dans son organisation très particulière, avec quatre équipes de gestion indépendantes (Long Equity, Short Equity, Merger Arbitrage, Tail Risk Hedging) impliquées à des degrés divers dans gestion des différents fonds proposés par le groupe. Pas de gestionnaire vedette donc, mais des processus de gestion reposant sur une équipe IT solide qui a permis au groupe de développer des outils de pointe pour détecter les bonnes idées à intégrer dans les portefeuilles des différents fonds.
Insiders
Un de ces outils est le Dealing of Insiders (DOI), qui analyse les données des transactions publiques relatives aux ventes et achats d’actions réalisées par des insiders. Pour Mustapha Mamache (analyste gérant chez Varenne Capital Partners et homme-orchestre derrière la stratégie DOI), un insider est par exemple un membre de l’équipe dirigeante (CEO, CFO), du conseil d'administration ou un actionnaire de référence. Bref, des personnes qui disposent d'une vision privilégiée sur la santé, les ambitions, et les perspectives de leur entreprise.
Au fil de la quinzaine d’années depuis sa création, le DOI a permis de détecter un grand nombre de signaux d’achat et de vente. Ils sont ensuite intégrés dans les stratégies Long Equity et Short Equity, et expliquent une grande partie de la surperformance historique des fonds proposés par Varenne Capital Partners.Données disponibles
Les transactions réalisées par des « insiders » doivent en principe être rendues publiques et déclarées aux autorités de contrôle, comme la SEC américaine. L’analyse brute de ces données est tout simplement impossible par un être humain, ce qui nécessite le recours à des outils informatiques permettant de traiter annuellement plusieurs millions de transactions réalisées par (environ) 500000 insiders de 50000 sociétés dans près de 70 pays.
Mustapha Mamache souligne toutefois que la qualité de ces déclarations varie fortement d’un pays à l’autre. « Le niveau de détail élevé aux Etats-Unis permet de tirer de bonnes conclusions quant aux intentions du dirigeant, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays où il n’est parfois même pas possible d’identifier la personne qui vend ses actions. La disponibilité des données est au cœur de notre modèle ».
Facteurs anormaux
« Une grande partie des transactions d’insiders est constitué d’achats ou de ventes systématiques, réalisées par exemple dans le cadre des plans de rémunération des dirigeants. Ce ne sont typiquement pas ces transactions qui vont nous intéresser, même si elles peuvent représenter des montants importants », indique Mustapha Mamache. « Nous allons être par contre intéressés par des transactions inhabituelles et significatives, qui se déroulent en dehors de ces programmes automatisés, et encore davantage si plusieurs membres d’une direction se mettent à acheter au même moment ». Par contre, il souligne également que les actionnariats familiaux sont moins intéressants, « car ils vont souvent être à l’achat uniquement pour renforcer leur contrôle ».
Chaque semaine, le système ressort ainsi une centaine de transactions sur base d’une quinzaine de critères d’interprétation, qui vont déboucher éventuellement sur une ou deux actions qui vont être mises à l’achat ou à la vente dans les différents fonds. « Parmi ces critères, nous avons par exemple les achats groupés de plusieurs dirigeants, ou encore des achats massifs après une forte baisse du cours ». De même, des ventes massives de la part de plusieurs dirigeants peuvent constituer un signal négatif fort, qui va permettre d’alléger une ligne, ou de prendre une position vendeuse.
Cas pratiques
Au fil des années, cette méthode a permis de déboucher sur plusieurs opérations qui ont permis de dégager des plus-values intéressantes pour les investisseurs. Mustapha Mamache cite notamment le cas de Booking.com en 2022, lorsque Robert Mylod (président du conseil d'administration de Booking.com ) avait acheté des actions pour 3,7 millions d'euros, alors qu’il n’avait réalisé aucune transaction durant la décennie précédente. « Nous avons analysé le dossier, et sommes arrivés à la conclusion que le groupe allait enregistrer une forte accélération de son activité suite à la sortie de la pandémie. Après avoir constitué une position en septembre 2022, le titre s’est apprécié de 30% durant les mois suivants ».
ASML est un autre exemple plus récent. En septembre 2025, quatre dirigeants (dont le CEO) avaient acheté en même temps des actions pour des montants significatifs. « Et pour trois d’entre eux, il s’agissait d’un premier achat ». Les gestionnaires du DOI ont identifié rapidement ces transactions, ce qui a débouché sur une décision d’achat rapide et une plus-value de 70% durant les cinq mois suivants.
Analyse fondamentale
Mustapha Mamache conclut en soulignant également que cette analyse DOI ne constituera jamais une justification pour acheter ou vendre une position, mais qu’elle permet d’identifier certains signaux forts, qui doivent ensuite être corroborés par une analyste fondamentale des sociétés. « Il est en outre difficile de pouvoir créer un fonds uniquement sur cette méthode d’analyse, en raison des longues périodes de blackout durant lesquelles les dirigeants ne peuvent pas acheter ou vendre des actions, avec également des périodes où il est difficile de trouver des signaux d’achat ou de vente dans le marché ».


