Commentaire sur la réunion de la BCE du 29 octobre par Bénédicte Kukla, Chief Strategist chez Indosuez Wealth Management
30 Oct 2026
Thème: Macro
Maison de fonds: DPAM

« Lors de sa réunion du 29 octobre, la BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,5 %. Elle doit composer avec des forces divergentes. La persistance de l’inflation énergétique et un possible rebond des prix alimentaires plaident en faveur d’une vigilance accrue. L’inflation de la zone euro, dont la publication est attendue la semaine prochaine, devrait dépasser 4 % sur un an en octobre, tandis que l’inflation sous-jacente — hors alimentation et énergie — reste globalement stable, mais demeure elle aussi supérieure à l’objectif, autour de 2,5 %. À l’inverse, le resserrement des conditions de financement, visible à la fois sur les marchés obligataires européens et dans la dernière enquête de la BCE sur la distribution du crédit bancaire, justifie une approche plus accommodante.

La présidente Lagarde a également mis en garde contre le risque d’effets de second tour sur les salaires. Ceux-ci ne se manifestent pas clairement à ce stade, mais plus le choc énergétique se prolonge, plus il risque de se répercuter sur la formation plus générale des prix et des salaires. Ce risque pourrait s’accentuer si les enquêtes continuent de témoigner de la résilience de l’activité et si un hiver plus froid stimule la demande d’énergie et fait monter les prix. Lagarde a également souligné le lien entre stabilité des prix et stabilité financière. Elle a indiqué que la BCE dispose des outils nécessaires pour préserver la stabilité financière si la situation l’exige, notamment en cas d’accroissement de la volatilité sur les marchés obligataires, tout en précisant clairement que cela ne remettrait pas en cause son engagement en faveur de la stabilité des prix.

La Réserve fédérale a également maintenu SES taux inchangés hier, tout en annonçant une évolution de son fonctionnement à l’avenir. Elle conservera huit réunions programmées en 2027, mais l’une d’elles sera consacrée à une réflexion plus large sur la stratégie de politique monétaire, sans vote sur les taux ni communiqué de politique monétaire attendu. Cela ramènera à sept le nombre de décisions de taux programmées. En 2028, deux réunions devraient être consacrées à cette réflexion stratégique, ce qui laisserait six décisions de taux. À l’inverse, Lagarde a clairement indiqué que la BCE n’entendait pas adopter cette approche et continuerait d’évaluer sa politique monétaire réunion après réunion.

Cette différence pourrait prendre davantage d’importance à l’approche du changement de direction à la BCE. Depuis qu’il a succédé à Powell, Warsh a commencé à imprimer sa marque sur le fonctionnement de la Fed ; le prochain président de la BCE pourrait, lui aussi, apporter un style ou une approche qui lui soit propre. La pratique de Lagarde, qui consiste à ajuster les taux par paliers trimestriels, rendait également la pause de ce trimestre peu surprenante, sans pour autant exclure une hausse en décembre. Notre scénario central reste celui d’une hausse en décembre, même si les changements de direction attendus dans les prochains mois pourraient inciter à la prudence. Les marchés pourraient donc se concentrer non seulement sur les prochaines données économiques, mais aussi sur les spéculations concernant la future direction de la BCE. Un successeur plus restrictif pourrait rendre une hausse en mars plus probable, la nouvelle direction cherchant à asseoir sa crédibilité dans la lutte contre l’inflation. Une approche plus accommodante pourrait, au contraire, favoriser le statu quo, au motif qu’après une hausse de 25 points de base en décembre, des taux à 2,75 % seraient déjà suffisamment restrictifs. »