Aurélien Duval, gestionnaire de fonds chez DPAM
Un dollar en baisse suscite régulièrement des inquiétudes chez les investisseurs en euro. Pourtant, l’histoire montre qu’une baisse du billet vert freine rarement les rendements de manière durable – et peut même jouer dans l’autre sens. Les entreprises internationales offrent en effet une protection naturelle contre les fluctuations de change.
Un choc initial, puis un rattrapage
![]() Aurélien Duval |
Dollar faible, actions solides
Les précédents historiques sont parlants. Pendant des épisodes de faiblesse du dollar – Accord du Plaza (1985-87), période 2003–2007 ou encore en 2017 – le S&P 500 a affiché de solides performances. Des exportations plus compétitives et la hausse, en dollars, de la valeur des ventes réalisées à l’étranger, ont compensé le vent contraire du change pour les investisseurs en euro. Autrement dit, les marchés actions compensent souvent une baisse de la devise, surtout si les entreprises sont actives à l’échelle mondiale.
Les actions européennes : l’effet miroir
La même logique s'applique en Europe. Environ 60 % du chiffre d'affaires des entreprises du STOXX 600 provient de l'étranger, ce qui signifie que les fluctuations des taux de change ont une incidence directe sur les bénéfices publiés. Un euro plus faible augmente la valeur des revenus étrangers et renforce la compétitivité des exportations. À l'inverse, un euro fort pèse sur les revenus. L’épisode 2014–2015 l’a illustré clairement : la chute de près de 25 % de l’euro face au dollar a coïncidé avec une nette amélioration des bénéfices et des marchés actions européens.
Ne surestimez pas le risque de change
Des études montrent que les rendements boursiers à long terme sont beaucoup plus influencés par la croissance des bénéfices et les cycles économiques que par les fluctuations monétaires. Les effets de change tendent à s’équilibrer dans le temps, en particulier dans les portefeuilles investis dans des groupes internationaux.
Une couverture systématique du risque de change peut d’ailleurs peser sur le rendement et ajouter de la complexité. Certaines entreprises restent toutefois exposées à de véritables déséquilibres entre coûts et revenus. Les groupes de luxe, par exemple, engagent souvent leurs coûts en euro ou en franc suisse et vendent en dollar. Un dollar plus faible comprime leurs marges si les prix n’augmentent pas. Même constat pour l'industriel suédois Atlas Copco, dont les coûts sont principalement européens tandis qu’une part significative des ventes est réalisée aux États-Unis. Un dollar plus faible peut alors faire baisser les bénéfices en couronnes suédoises ou en euros. Dans ces cas, la gestion active fait la différence.
La cotation en bourse ≠ l’exposition économique
Le lieu de cotation d'une entreprise en dit peu sur son exposition économique. MercadoLibre, par exemple, est cotée au Nasdaq, mais n'est active qu'en Amérique latine, sans revenus ni coûts en dollars. Linde a transféré sa cotation principale de l'Allemagne vers les États-Unis. Bien que ses activités mondiales et ses fondamentaux n'aient pas changé, on pourrait désormais le considérer comme une entreprise « américaine ». Ce qui compte pour les investisseurs, c'est la devise dans laquelle une entreprise génère ses revenus et supporte ses coûts, et non la bourse sur laquelle son action est cotée.
Gardez une vue d’ensemble
Les devises peuvent entraîner des fluctuations à court terme de la valeur d'un portefeuille d'actions, mais ce sont les fondamentaux qui déterminent la performance à long terme. Les entreprises mondiales s’adaptent aux mouvements de change, et l’histoire montre que les périodes de faiblesse du dollar ont souvent coïncidé avec des performances robustes de Wall Street. Une gestion active reste essentielle pour identifier les entreprises présentant de réels décalages monétaires et prendre des mesures correctives en temps utile.
Pour les investisseurs en euros, un dollar plus faible est rarement une raison d'éviter les actions mondiales. Dans de nombreux cas, il favorise même la croissance des bénéfices et les valorisations. Avec une analyse rigoureuse et une sélection adéquate, les actions demeurent l’un des moyens les plus résilients d’investir dans un univers multidevise.



