Par Frédéric Lejoint.
En dépit d’un contexte macroéconomique difficile, les investisseurs n’ont pas (encore) capitulé. Le potentiel de rebond pourrait être important si l’actualité devenait plus clémente.
Le mois de mars a été délicat à négocier sur les marchés financiers. Comme à leur habitude, Pierre Puybasset (Porte-parole de la gestion chez LFDE) et David Kruk (Responsable du trading desk chez LFDE) ont récemment tenu leur webinaire mensuel « Au Cœur Des Marchés » afin de décortiquer l’actualité du mois écoulé, et tenter de tracer une ligne de conduite pour les prochaines semaines.

Pierre angulaire
Tout d’abord, David Kruk souligne que la géopolitique a joué un rôle majeur dans l’orientation des marchés financiers durant le mois de mars. « C’est habituellement ce qui est le moins facile à anticiper. Nous nous sommes largement trompés en pensant que Donald Trump limiterait l’impact et la durée de ce conflit, comme précédemment avec le Groenland ou le Venezuela ».
« Et de fait, les investisseurs sont restés investis en attendant un accord rapide, mais ce conflit dure déjà depuis plus d’un mois. La Maison Blanche ne semble pas être prête à s’assouplir ». Ce constat a entraîné de plus en plus de questionnements chez les investisseurs, et des rotations vers des actifs jugés plus sûrs ou moins exposés à la hausse du pétrole, et donc les actions américaines (notamment la technologie) ainsi que le dollar plutôt que les actions européennes ou asiatiques.
« La pierre angulaire du mois de mars a toutefois été le pétrole, avec le détroit d’Ormuz et un prix du baril qui a atteint plus de 100 dollars ». Outre les problèmes d’approvisionnement à court terme, il y a également la destruction durable de certaines capacités de production, qui mettront du temps à être rétablies même si l’intervention américaine se termine rapidement. « Reconstruire une raffinerie ou relancer la production d’un puit, est compliqué et onéreux ».
Pics d’inflation
Dans la foulée, David Kruk souligne également qu’une hausse de l’inflation a été rapidement intégrée dans les attentes du marché, avec le taux américain à 10 ans qui a atteint le niveau sensible de 4,5%. « Les marchés ont rapidement évoqué la stagflation dans un contexte économique de croissance déjà sous pression, avec un choc inflationniste qui risque de survenir ».
« Les attentes envers les banques centrales ont totalement pivoté durant le mois écoulé, avec désormais des hausses des taux directeurs attendues en Europe ou au Royaume-Uni, tandis qu’aucune baisse n’est plus attendue aux Etats-Unis », indique Pierre Puybasset. « Finalement, cette situation donne assez raison à Jerome Powell qui a toujours été réticent à s’engager dans une politique de baisse des taux agressive ». Du côté de la BCE, il pourrait toutefois y avoir une réticence à relever son taux directeur dans un contexte où la croissance est déjà faible, et ainsi éviter de répéter les erreurs de politiques monétaires de l’ère Trichet.
Plus de prudence
David Kruk indique que le mois de mars a vu de nombreux institutionnels se positionner très prudemment, avec des niveaux de liquidité ayant très fortement augmenté dans les portefeuilles pour passer de 3,2 à 4,3%. « Il s’agit de la plus forte progression depuis le déclenchement de l’épidémie de COVID, avec des indicateurs de sentiment tombés au plus bas depuis six mois. L’optimisme du mois précédent sur la croissance mondiale s’est effondré. Seuls 7% des investisseurs sont encore optimistes alors que 45% s’attendent à une forte hausse de l’inflation. Et cet environnement a poussé les particuliers à devenir plus prudents, alors qu’ils avaient été au cœur de la hausse ces dernières années ».
« Ce qui préoccupe le plus actuellement, c’est la hausse du risque de récession, rapidement remonté à plus de 30%, avec également un ajustement à la baisse de la croissance des bénéfices attendus sur le marché américain ». A ce titre, David Kruk constate également que les grands stratégistes estiment que l’impact sur la croissance sera plus important pour l’Europe, et continuent de s’attendre à une croissance rapide des bénéfices pour les grandes entreprises américaines. « Ils sont également nombreux à intégrer désormais plusieurs hausses de taux en Europe durant les prochains mois, cela complexifiera encore les perspectives pour les actions européennes ».
Résultats solides
Dans ce contexte, David Kruk estime qu’il existe des opportunités de plus en plus probantes sur les valeurs technologiques américaines, avec des résultats trimestriels remarquables pour certaines valeurs comme Micron Technology , Broadcom ou NVidia. Il reste également assez positif sur les marchés émergents, bien qu’il soit nécessaire de distinguer les pays producteurs d’énergie des autres. « Dans des marchés qui ont été pénalisés, comme la Corée du Sud, il existe des opportunités dans le secteur technologique qui restent attractives après la correction récente ».
« Pour les prochains mois, je continue de penser que Trump ne souhaite pas faire souffrir trop longtemps ses électeurs. S’il veut conserver sa majorité, il ne peut pas se permettre un marché qui baisse considérablement. Et comme les institutionnels se sont fortement positionnés sur une baisse des marchés, le potentiel de rebond est d’autant plus grand si des canaux de communication s’ouvrent avec l’Iran ».
« Depuis janvier, en dépit des nombreuses mauvaises nouvelles, le marché a fait preuve d’une bonne résilience. Le mois d’avril pourrait être un peu plus positif que le précédent. Les environnements où la peur domine sont souvent ceux où il faut avoir le courage d’acheter », conclut David Kruk .


