Où sont cachés les gains de productivité liés à l’IA ?
11 Sep 2026
Thème: Investir
Maison de fonds: Pictet

Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management


C’est la question que tout le monde se pose sur les marchés financiers. S’il n’y a pas ou peu de gains de productivité, pourquoi investir autant ? Est-ce juste une question de timing ? Peut-être. Mais le problème est ailleurs, selon nous. Faisons un détour par 1842 pour mieux comprendre. Cette année-là, les usines textiles de Lowell, dans le Massachusetts, confient un troisième métier à tisser mécanique à chaque ouvrier. Nous sommes en pleine première révolution industrielle, celle de la mécanisation, de la vapeur et du textile. Le postulat de départ est simple : avec trois machines au lieu de deux, la production devrait augmenter de moitié. Pourtant, ce n’est pas ce qui se produit. Pourquoi ? Parce que l’ajout d’une machine transforme le travail de l’ouvrier. Comme l’explique l’économiste James Bessen, son véritable travail n’est plus seulement de tisser, mais aussi de surveiller le tissage et de repérer les défauts avant qu’ils ne ruinent un rouleau entier. Ajouter une machine, c’était ajouter de la vérification au-delà de ce qu’un humain pouvait gérer. Résultat, les usines ont dû ralentir leurs machines de 15% et consacrer une année à former leurs ouvriers. Par la suite, 62% des gains de productivité sont venus non des machines mais de la formation.


C’est exactement la dynamique de l’IA aujourd’hui. Le coût de production d’un texte, d’un code ou d’une analyse généré par l’IA s’effondre. Mais le coût de leur vérification reste humain. Et c’est dans cet écart que la valeur se détruit. Alors, pourquoi ne pas faire vérifier le travail de l’IA par une autre IA ? C’est risqué. À ce jour, l’IA n’offre pas une vérification indépendante fiable, notamment parce que les modèles présentent plusieurs biais systématiques. Une étude de Wang en 2024 montre par exemple qu’un LLM, un modèle de langage, peut modifier son évaluation du travail d’un autre LLM simplement en inversant l’ordre de présentation des réponses. L'enjeu n'est donc pas de substituer la machine à l'humain, mais d'inventer leur association, et de former sérieusement ceux qui vérifient. L’histoire économique prouve que la technologie seule ne crée pas de performance, et que tout dépend de la manière dont elle est mobilisée au sein d'une organisation et de processus repensés.


Des formations continue sont-elles la bonne réponse à apporter ? Pas nécessairement. Il faut plutôt revenir à l’essentiel : maîtriser les savoirs fondamentaux, savoir résoudre des problèmes complexes, distinguer une information fiable d’une information douteuse et développer un véritable esprit critique. Bref, quelque chose qui ressemble finalement beaucoup à l’esprit des Lumières.


À surveiller


L’issue de la réunion de la Banque centrale européenne fait peu de doutes.


Ce qu’il faudra vraiment surveiller, ce sont les tensions sur les marchés agricoles.


Le blé a bondi d’environ 30 % depuis fin juin, tandis que le maïs américain a atteint son plus haut niveau depuis juillet 2023*. Aux États-Unis, la production de blé devrait tomber à 1,53 milliard de boisseaux, son plus bas niveau depuis 1970-71, à cause de la sécheresse persistante.


En parallèle, la guerre perturbe l’une des principales routes céréalières mondiales : Russie et Ukraine représentent environ 27 % de l’offre mondiale de blé. Plus de 90 % des exportations ukrainiennes de céréales transitent normalement par les ports de la région d’Odessa, qui ont perdu environ un tiers de leurs capacités d’exportation.


Résultat, la prime de risque géopolitique revient vers le blé et le maïs. Tout n’est toutefois pas négatif. Kiev a fait savoir à Washington sa volonté d’entamer des négociations de paix avec Moscou ce mois-ci. Si elles aboutissaient, cela pourrait rapidement détendre les prix.


L’avez-vous lu ?


Bientôt la fin de l’alopécie ?


Ce fléau touche environ 30 % des hommes à 30 ans et 50 % à 50 ans. À l’image des GLP-1, qui pourraient profondément transformer la lutte contre l’obésité dans les cinq à dix prochaines années, de nouveaux traitements pourraient bientôt révolutionner celle contre l’alopécie.


Les investisseurs commencent en tout cas à y croire. Veradermics, qui développe une nouvelle formulation orale à libération prolongée du minoxidil, s’est envolée de près de 500% depuis son introduction en bourse en février*. Les premiers résultats cliniques sont encourageants : après six mois, le nombre de cheveux a augmenté d’environ 30 par cm² chez les patients traités, contre 7 pour le placebo.


Autre piste : l’intelligence artificielle. Absci développe ABS-201, un anticorps injectable conçu grâce à l’IA qui cible le récepteur de la prolactine et pourrait ne nécessiter que quelques injections par an. Son Action a plus que doublé cette année.


Enfin, Cosmo Pharmaceuticals mise sur la clascotérone, un traitement topique qui bloque localement les récepteurs aux androgènes responsables de la miniaturisation du follicule pileux. Le potentiel commercial pourrait atteindre 3 milliards de dollars à l’échelle mondiale.


L’enjeu est considérable : aucun nouveau mécanisme de traitement contre l’alopécie masculine n’a été approuvé depuis près de trente ans. Et contrairement à beaucoup de marchés pharmaceutiques, celui-ci n’est pas nécessairement à somme nulle : comprimés, traitements topiques et injections pourraient être utilisés simultanément.


*Données Boursorama en date du 3 septembre 2026